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Incompréhensible Liban...



Les responsables étrangers qui défilent à Beyrouth se défilent immanquablement quand il s’agit de donner leur avis publiquement sur la situation économique du pays. S’ils faisaient valoir le droit de réserve auquel ils sont tenus pour éviter tout commentaire aux effets potentiellement désastreux, on les comprendrait. Mais, au lieu d’un silence gêné, ils avancent une formule plus ou moins bien tournée qui dit en substance : « Tous les indicateurs du Liban sont au rouge ; en théorie, la situation est explosive ; mais le pays continue de défier toutes les lois de la gravité ; c’est un mystère. »
Apparemment anodins, ces commentaires – qui, plus grave encore, se veulent flatteurs, prononcés avec un sourire de connivence – sont particulièrement insidieux. Tout comme s’est développée la légende du « miracle libanais » dans les années 1950 et 1960, on entretient aujourd’hui le mythe de la « résilience phénoménale » du Liban.
Autant la croissance des années d’avant-guerre s’expliquait de façon tout à fait rationnelle, autant sont identifiées les raisons de la capacité de résistance du système actuel, en dépit de déséquilibres monumentaux qui ont fait chuter plus d’un pays.
Le « miracle » était dû à une conjonction tout à fait particulière : la captation du trafic du port de Haïfa après sa déconnection de l’hinterland arabe ; l’afflux de compétences et de richesses venues de Palestine, de Syrie ou d’Égypte ; l’argent du pétrole et les besoins du Golfe ; un système libéral dans un océan de dirigisme, etc. Il était donc illusoire de vouloir faire renaître ce « miracle » tel quel après la guerre alors que la plupart de ses composantes ont évolué entre-temps.
De même, les raisons pour lesquelles le Liban ne sombre pas dans une crise « à la façon argentine » sont tout à fait identifiables, elles répondent à des lois économiques et financières et n’ont rien de « mystérieux ». Elles se résument en un phénomène : l’activation de la pompe à devises. Ces dollars indispensables continuent d’affluer pour financer notre consommation et, accessoirement, stabiliser la livre.
« Avez-vous réfléchi au coût de cette politique ? » Tel serait le commentaire que l’on préférerait entendre de la part de nos hôtes de marque, car, n’en déplaise aux dirigeants de ce pays, ravis, eux, du discours de l’étranger, nous ne sommes pas des analphabètes.


Sibylle RIZK
Les responsables étrangers qui défilent à Beyrouth se défilent immanquablement quand il s’agit de donner leur avis publiquement sur la situation économique du pays. S’ils faisaient valoir le droit de réserve auquel ils sont tenus pour éviter tout commentaire aux effets potentiellement désastreux, on les comprendrait. Mais, au lieu d’un silence gêné, ils avancent une formule plus ou moins bien tournée qui dit en substance : « Tous les indicateurs du Liban sont au rouge ; en théorie, la situation est explosive ; mais le pays continue de défier toutes les lois de la gravité ; c’est un mystère. »Apparemment anodins, ces commentaires – qui, plus grave encore, se veulent flatteurs, prononcés avec un sourire de connivence – sont particulièrement insidieux. Tout comme s’est développée la légende du « miracle...