La machine à buter n’avait pas paru infaillible pourtant en finale contre l’Australie, dans la bruine et sur le terrain gras du stade olympique de Sydney.
Trois pénalités réussies, mais aussi un drop et une transformation manqués en première période. Stérile en seconde avec un autre drop hors cadre. En prolongation, trois points (pénalité) dans la première tranche de dix minutes, mais encore un drop qui s’égare, le troisième de la rencontre.
À deux minutes de la fin de la prolongation, l’Australie revient à hauteur (17-17). Une minute plus tard « Wilko » tente le drop qui tue. Le Wallaby est foudroyé.
Un pied (droit) de nez à ceux qui avaient douté de sa force mentale, de son équilibre nerveux après un match de poule le 18 octobre contre les Springboks, où il était apparu tendu, maladroit, presque angoissé.
Lui-même avait trouvé qu’il y avait « quelque chose, comme des dégagements, des prises de décision sous pression, à améliorer ». Venant d’un garçon connu pour sa recherche obsessionnelle de la perfection, l’aveu avait été interprété comme un signe de déprime.
Les nerfs sont en fait d’acier, mais bien cachés sous des airs de gendre idéal. Physique banal (1,78 m pour 89 kg), cheveux blonds bien sages à la mode des collégiens d’antan, sourire pudique d’enfant, regard de tendre. La parole est lisse. Jamais un mot pour dépasser l’autre, dans la joie ou dans la peine, sous la louange ou la critique.
Sa vie, c’est le rugby et sa vie est à lui. En lui.
Introspection. Il rejoue chacun de ses matches pendant des heures, à la vidéo. « Je peux me dire que certaines choses se sont bien passées, mais toujours je m’arrête sur celles qui étaient moins bien. Il y a quelques années, je pouvais finir assez tourmenté. »
Cela s’est arrangé. Un peu : « J’arrive à vivre ma vie de tous les jours, à penser et à parler d’autres choses. Jusqu’à la prochaine séance. Avec un peu moins d’autoanalyse. »
Jusqu’au prochain entraînement. « Même le jour de Noël. »
Bébé-champion
International à 18 ans, il en est déjà à 817 points marqués en 52 sélections. Wilko est le premier bébé-champion d’un sport qui, le plus souvent, attendait au moins la première acné pour recruter. Simon Mills, l’attaché de presse du XV d’Angleterre au Mondial 2003, résume : « Jonny Wilkinson s’est mis au rugby à l’âge de quatre ans. L’année d’après, il a commencé à taper des drops. Cela fait donc vingt ans qu’il se préparait à remporter cette Coupe du monde. »
Jonny confirme. « Quand le ballon m’est arrivé, c’était sûrement la tentative la plus facile de toute la journée. Je passe des drops comme celui-là tous les jours depuis que j’ai cinq ou six ans, du pied droit comme du pied gauche. » Pur professionnel du rugby, il était déjà le joueur le mieux payé avec des revenus annuels estimés à plus de deux millions d’euros annuels. Avant le Mondial. Depuis... Il était le meilleur n° 10 du monde. Aujourd’hui, le numéro est de trop. Il est le meilleur, tout court. La Fédération internationale l’a élu hier meilleur joueur de l’année, un titre que lui avaient déjà reconnu ses pairs quelques jours plus tôt.
Au point que le monde ovale, dépassé, s’interroge : ne faudrait-il pas dévaluer le drop-goal ? De trois à un point ? Comme si Johnny ne jouait qu’avec les pieds.


À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir