Selon de nombreux analystes, ce projet, qui sera officiellement présenté le 1er décembre à Genève, a contribué, avec d’autres facteurs, au changement tactique de M. Sharon, qui a annoncé la semaine dernière un allègement des mesures de sécurité dans les Territoires et se dit maintenant prêt à rencontrer son homologue palestinien Ahmed Qoreï (Abou Alaa).
« Ce que ce document a fait, c’est de mettre en évidence l’absence de pensée créatrice de la part de Sharon, l’absence d’une alternative (à la politique de force actuelle), l’impasse, la “voie sans issue” », a commenté un diplomate, qui a préféré rester anonyme. Plus de trois ans après le début de l’intifada, « le gouvernement Sharon ne va nulle part et n’a pas la moindre idée où aller » pour mettre fin aux violences, a-t-il poursuivi.
Finalisée le mois dernier en Jordanie, l’Initiative de Genève est une proposition de règlement permanent du conflit israélo-palestinien qui offre une solution détaillée à toutes les questions de fond, qu’il s’agisse du statut de Jérusalem, qui serait divisée, du droit au retour des réfugiés, auquel les Palestiniens devraient, de facto, renoncer, ou encore du tracé des frontières d’un futur État palestinien et du sort des colonies.
Les promoteurs israéliens de ce plan sont passés dimanche à une nouvelle phase de leur campagne, afin de le « vendre » à un public sceptique, en envoyant par la poste 1,9 million de copies du texte.
Si les Palestiniens impliqués dans ce projet sont des proches de Yasser Arafat, il s’agit au contraire, côté israélien, de personnalités indépendantes éloignées du pouvoir, à commencer par Yossi Beilin, l’un des artisans des accords d’Oslo et une figure de proue du camp de la paix.
Il aurait donc été facile pour M. Sharon d’ignorer un document négocié par des personnalités sans mandat officiel.
Au lieu de cela, il a déclenché un véritable tir de barrage contre l’Initiative de Genève, affirmant qu’elle était « plus dangereuse que les accords d’Oslo » et qu’il fallait « lutter pour empêcher (son) adoption ».
« La férocité des attaques du Premier ministre et de son gouvernement contre les accords de Genève est allée bien au-delà de ce que quiconque prévoyait », déclare David Kimche, ancien directeur du ministère israélien des Affaires étrangères, qui a participé à la mise au point du plan. Selon lui, cette « férocité » s’explique par la crainte que l’opinion publique israélienne en vienne à considérer ce plan comme « le seul espoir » de sortir de la crise. « Il y a un sentiment croissant dans le pays que l’option militaire est un échec et que le gouvernement n’a pas de politique », dit-il.
Pour un ancien conseiller de M. Sharon, Eitan Bentsour, « la principale importance de cette Initiative de Genève est de montrer qu’il y a des signes d’une volonté palestinienne d’envisager la notion d’un compromis ». « Je crois que le Premier ministre doit en tenir compte », admet-il.
Pour l’heure, tout en se disant prêt à appliquer la « feuille de route », le dernier plan de paix international, M. Sharon s’en remet en fait à l’option militaire.
Mais cette ligne est de plus contestée non seulement par la gauche, mais aussi – et surtout – par l’establishment militaire et sécuritaire.

