De beaux gestes qui pourraient laisser croire que les deux parties en conflit sont prêtes à retrouver le chemin des négociations. De belles paroles tant de fois prononcées, avec, à chaque fois, les résultats que l’on sait.
Pourquoi, dès lors, fonder quelques espérances aujourd’hui après ces frémissements, alors que les mêmes fantômes hantent toujours le processus de paix. Ces fantômes sont ceux des vieux loups de l’histoire israélo-palestinienne accrochés au pouvoir. Ces fantômes sont aussi celui du démantèlement des colonies israéliennes et celui de la mise au pas des mouvements islamistes armés palestiniens.
Pour affronter ces fantômes, c’est du courage qu’il faut. Une qualité qui fait malheureusement défaut aux principaux responsables du dossier, comme le soulignait récemment Amos Oz dans les colonnes du New York Times.
Du courage, Yitzhak Rabin avait commencé à en développer. On se souvient de cette déclaration frappante pour un ancien général tendance faucon : « Avant nous, des gens habitaient sur cette terre. » Rabin qui n’avait toutefois pu aller au bout de son raisonnement. Du courage, Mahmoud Abbas en a également montré quelques signes en tentant de contrôler les islamistes palestiniens. Mais, lâché par les Américains et face à un Yasser Arafat plus accroché que jamais à ses prérogatives sécuritaires, Abbas a abandonné la partie.
Aujourd’hui, le courage est ailleurs. Du côté des refuzniks qui dénoncent les massacres de civils par l’armée, du côté de ces citoyens palestiniens qui appellent à l’arrêt des attentats. Le courage, il empreint aussi cette initiative de Genève, résultat de l’endurance remarquable de négociateurs israéliens et palestiniens, parmi lesquels Yossi Beilin, Avraham Burg, Yasser Abed Rabbo et Nabil Kassis s’escrimant, trois ans durant, à effacer tous les points d’interrogation qui parsemaient, depuis 50 ans, le dossier israélo-palestinien. Réfugiés palestiniens, statut de Jérusalem, frontières et colonies. Autant de sujets ultrasensibles dont les multiples plans de paix ont systématiquement renvoyé le traitement aux calendes grecques.
Cet effort particulièrement louable doit maintenant être soutenu, et ce particulièrement par la communauté internationale. Un satisfecit oral sera loin d’être suffisant. La communauté internationale doit maintenant s’engager sur le terrain. Une implication qui devra nécessairement être impartiale. Et c’est là que le bât blesse. Car, depuis l’accession au pouvoir de George W. Bush et de son entourage de likoudniks, Washington a clairement affiché la couleur. Celle du soutien inconditionnel à Israël. Tant que cette ligne politique sera suivie, tant que les Européens ne parviendront pas à faire contrepoids, c’est la politique du « courage, fuyons » qui se poursuivra.
Émilie SUEUR


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