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La vie à crédit

Endettez-vous pour consommer au-dessus de vos moyens. Tel est le message de la campagne publicitaire d’une banque de la place de Beyrouth qui s’étale partout dans la ville en promettant de multiplier par quatre le salaire de tout un chacun. Le rêve ! Les jeunes entrepreneurs libanais qui font des pieds et des mains pour financer leur investissement en pâlissent d’envie.
Si l’objectif de la banque est transparent : augmenter ses parts de marchés en incitant les clients potentiels à domicilier chez elle leur salaire, celui de l’agence qui a conçu le spot télévisé est particulièrement révélateur de la « mentalité » économique libanaise. Un jeune homme insiste pour payer le repas après des agapes entre nombreux amis au restaurant. La note arrive. Il blêmit. Apparaît soudain la carte de crédit miracle qui lui permettra de sauver les apparences – car elles sont reines – et de régaler ses copains, grand seigneur, en s’endettant. La publicité ne précise pas à quel taux.
Les consommateurs libanais ont surpassé les Américains pourtant considérés comme les rois de la vie à crédit : ils se marient à crédit, car peu importent les traites à couvrir du moment que le jeune couple paraît se lancer dans la vie sous les signes de l’abondance ; ils achètent à crédit des voitures surdimensionnées pour s’assurer de faire taire à jamais le voisin ; etc.
Financer la consommation est un moyen de financer l’économie, pourrait-on dire. Certes, à condition que le débiteur soit en mesure de faire face à ses échéances, ce qui est particulièrement difficile étant donné la structure élevée des taux d’intérêt au Liban. Même en Europe, qui est pourtant dotée de législations destinées à empêcher la pratique de taux usuraires, les cas de surendettements des particuliers se multiplient.
Tout le monde sait que l’État est surendetté. On vient de découvrir que les entreprises notoirement sous-capitalisées le sont aussi depuis qu’elles négocient un plan de rééchelonnement de leurs emprunts. Mais qu’en est-il des ménages ? Eux aussi suivent la tendance nationale à l’endettement excessif. Les comptes nationaux pour 1997 résument la situation en montrant que le revenu disponible est supérieur de 20 % au revenu national. S’il était investi dans des secteurs productifs, ce revenu excédentaire serait une manne. Ce n’est pas le cas, car la consommation est supérieure à l’épargne. D’ailleurs, sinon, comment expliquer l’absence de croissance alors que les créances au secteur privé représenteraient aujourd’hui 100 % du PIB ?
Le Liban tout entier s’endette pour consommer. Jusqu’à quand ? Aussi longtemps que la politique monétaire réussira à attirer dans le pays les devises nécessaires au financement de cette gabegie géante.

Sibylle RIZK
Endettez-vous pour consommer au-dessus de vos moyens. Tel est le message de la campagne publicitaire d’une banque de la place de Beyrouth qui s’étale partout dans la ville en promettant de multiplier par quatre le salaire de tout un chacun. Le rêve ! Les jeunes entrepreneurs libanais qui font des pieds et des mains pour financer leur investissement en pâlissent d’envie. Si l’objectif de la banque est transparent : augmenter ses parts de marchés en incitant les clients potentiels à domicilier chez elle leur salaire, celui de l’agence qui a conçu le spot télévisé est particulièrement révélateur de la « mentalité » économique libanaise. Un jeune homme insiste pour payer le repas après des agapes entre nombreux amis au restaurant. La note arrive. Il blêmit. Apparaît soudain la carte de crédit miracle qui lui...