« Les questions du renseignement sont clairement secondaires pour le public concernant l’Irak, mais nous avons clairement un rôle important à jouer pour révéler la manipulation – sinon les méthodes et les motifs malhonnêtes – de hauts responsables de l’Administration qui ont défendu la justification d’une guerre unilatérale et préventive » contre l’Irak, résume ce document de deux pages dont l’authenticité a été confirmée par plusieurs sénateurs démocrates. « L’approche décrite ci-avant semble offrir la meilleure chance de mettre à jour les motifs et méthodes douteuses de l’Administration », ajoute le mémorandum. Le document, qui a été rédigé par un aide démocrate de la commission du renseignement du Sénat et qui a fait l’objet d’une fuite, a été posté sur le site de Fox News, une chaîne ultra-conservatrice.
Plusieurs sénateurs démocrates ont tenu à souligner qu’il s’agissait seulement d’un brouillon qui n’avait pas circulé.
Cette fuite a déclenché une vague de critiques indignées parmi les républicains qui ont accusé les démocrates de chercher à exploiter politiquement, à la veille d’une année électorale, une enquête bi-partite sur les insuffisances du renseignement dans la période avant le déclenchement de l’intervention militaire contre l’Irak.
« Je n’ai jamais vu un cas aussi flagrant de politique partisane », a affirmé devant la presse le sénateur Jon Kyl, un républicain d’Arizona, en commentant le document.
Pour le président républicain de la commission du renseignement, Pat Roberts (Kansas), « il s’agit d’une tentative pour discréditer le travail de la Commission quelles que soient ses conclusions ».
Répondant aux accusations républicaines, le sénateur démocrate John Rockefeller, numéro deux de la commission, a jugé « inquiétant que des républicains cherchent à marquer ainsi des points politiques en déformant grossièrement le brouillon d’un rapport qui ne fait que décrire les droits de la minorité (démocrate) d’insister pour la conduite d’une enquête approfondie et équitable sur ce sujet et ce, selon lui, pour tenter de détourner l’attention sur la vraie question ».
Les démocrates cherchent à savoir si la décision du président George W. Bush de lancer une guerre contre l’Irak, en raison, avait-il affirmé, de ses armements de destruction massive (ADM) et de ses liens avec le terrorisme, était fondée sur des informations solides fournies par la communauté du renseignement. Une question qui se pose d’autant plus qu’aucune trace d’ADM n’a encore été découverte après plusieurs mois de recherches intensives.
Le sénateur Rockefeller avait dénoncé il y a une dizaine de jours « des efforts dans la commission du renseignement pour faire porter tout le blâme à la communauté du renseignement et dédouaner les plus hauts responsables de l’Administration ».
Il avait toutefois réussi à convaincre le président Pat Roberts d’adresser des lettres au directeur de la CIA, George Tenet, à la Maison-Blanche, au secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld et à son homologue au département d’État Colin Powell, pour qu’ils transmettent à la commission, dans un bref délai, un certain nombre de documents sur l’Irak, jamais remis malgré des requêtes antérieures et portant sur la période ayant précédé le déclenchement des hostilités.

