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Ni responsable ni coupable

Quinze ans de guerre ont ravagé le Liban et l’on cherche encore les coupables. La loi d’amnistie générale ayant pudiquement jeté un voile sur cette page de l’histoire, on pourra toujours gloser à l’infini pour savoir s’il s’agissait de la « guerre des autres » ou pour chercher à déterminer les erreurs et les crimes de tel ou tel camp.
Treize ans après le silence des armes, on voudrait nous imposer un autre processus amnésique. Cette fois, il s’agit de la dette et de la crise économique. À en croire le préambule du projet de budget 2004 rédigé par Fouad Siniora et élégamment escamoté par le Conseil des ministres, « le climat politique » actuel ne serait pas propice à la réforme. Autant dire que les astres sont défavorables.
Le chômage, l’émigration et la pauvreté augmentent, la dette est passée de deux à 32 milliards de dollars, mais ce n’est la faute de personne en particulier. Le coupable, c’est le système. Peu importe que ce système soit composé des mêmes personnes depuis dix ans, l’intervalle Hoss n’ayant pas réussi l’alternance – le Premier ministre a dirigé le gouvernement pendant huit des dix dernières années, le président du Parlement a occupé le perchoir pendant onze ans, le président de la République est sur le point d’achever un mandat de six ans, sans parler des députés et des ministres qui jouent aux chaises musicales – aucun n’assume la moindre part de responsabilité dans ce qui arrive au pays. Il est vrai que, pour une bonne partie d’entre eux, il s’agit de ceux-là même qui ont participé à quinze ans de guerre et en sont sortis blancs comme neige. Pourquoi ne rééditeraient-ils pas l’exploit ?
Chacun y va de son accusation pour expliquer comment on en est arrivé à une telle impasse. Les uns accusent les fonctionnaires, l’armée, les circonstances régionales, les autres parlent de corruption, beaucoup ne voient que la main de Damas. Mais bien entendu, personne n’admet la moindre erreur personnelle. Pourquoi le ministre des Finances ne démissionnerait-il pas ? Pourquoi le Premier ministre ne jetterait-il pas l’éponge puisque, à l’entendre, « on » l’empêcherait de sauver le pays comme il l’a promis à ses électeurs en 2000 ?
On veut nous convaincre que l’adoption du budget 2004 en l’état préservera la stabilité du pays. La classe politique tout entière – à de rares exceptions près – va donc voter en chœur un an de statu quo supplémentaire (en fait un an d’accroissement du fossé dans lequel on tombera immanquablement un jour).
Encore une fois, il n’y a ni responsable ni coupable, mais les victimes, elles, sont bien identifiées. Des victimes consentantes pourra-t-on dire si les prochaines consultations électorales plébiscitent à nouveau les mêmes personnes.

Sibylle RIZK
Quinze ans de guerre ont ravagé le Liban et l’on cherche encore les coupables. La loi d’amnistie générale ayant pudiquement jeté un voile sur cette page de l’histoire, on pourra toujours gloser à l’infini pour savoir s’il s’agissait de la « guerre des autres » ou pour chercher à déterminer les erreurs et les crimes de tel ou tel camp. Treize ans après le silence des armes, on voudrait nous imposer un autre processus amnésique. Cette fois, il s’agit de la dette et de la crise économique. À en croire le préambule du projet de budget 2004 rédigé par Fouad Siniora et élégamment escamoté par le Conseil des ministres, « le climat politique » actuel ne serait pas propice à la réforme. Autant dire que les astres sont défavorables. Le chômage, l’émigration et la pauvreté augmentent, la dette est passée...