« Pour la première fois, raconte-t-elle, j’ai eu à me soucier du destinataire de mon texte, à savoir Serge Teyssot Gay, qui l’a qualifié de texte à deux temps. Cela m’a permis de me rendre compte qu’un texte, à supposer qu’on l’oublie, c’est aussi de la musique. Et, pour moi, le sens n’est retenu que si la musique est juste. » Influencée par les poèmes Contre et ceux d’Un barbare en Asie, Lydie Salvayre considère ce travail particulier comme « un texte de refus, assez juvénile, qui va de la politique sécuritaire au sort fait aux écrivains ». « J’ai été obligée de rejoindre, pour l’écrire, mon “ côté ado ” que j’assume mal ou que je répare par le sombre ou par le rejet », explique-t-elle.
Une plaisanterie
« Très attachée à une littérature qui refuse », cette fille de réfugiés politiques espagnols, dans ses romans et en particulier dans le dernier, Passage à l’ennemie, veut « échapper à un esprit de sérieux ». « J’ai de l’amour pour le gros rire, celui qui traversait la culture picaresque avant que l’Espagne classique lui fasse un sort, poursuit-elle. Passage à l’ennemie est une plaisanterie ». Dans ce roman qui s’empare, pour mieux le retourner, du discours officiel, voire formaté, de la police française, un courageux jeune flic décide d’infiltrer un réseau de délinquants de banlieue pour mettre la main sur un trafic de hachisch. Au fil des pages, il change et tombe amoureux de la fille de la bande. « Dans un discours sécuritaire de plus en plus médiatique, j’avais envie d’introduire une voie plus poétique, commente l’auteur. Je ne joue pas le jeu de la droite ou de la gauche et je n’ai pas d’arguments militants. Je perturbe la langue, simplement, comme n’importe quel écrivain. »
L’écriture n’a pas troublé Lydie Salvayre dans son métier de pédopsychiatre en banlieue parisienne, bien au contraire. Ce métier lui permet d’être en contact avec des délinquants « très démunis, mais qui cultivent des codes, comme le sens de l’honneur, très commun à ceux de la police, ce qui fait que les deux factions s’affrontent comme des bandes ». Le jeune inspecteur prend ce qu’elle appelle « le risque de la rencontre, et donc le risque de changer ». Aimant se qualifier de « quelqu’un qui ne se résigne pas », Lydie Salvayre, qui s’est « autorisé à écrire à 40 ans », affirme avoir trouvé « du secours dans la lecture ».
Diala GEMAYEL


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