Entre le funeste 11 septembre 2001 et mars 2003, l’Administration américaine s’est aussi soigneusement appliquée à éviter d’envisager l’après-guerre. Une impréparation que les soldats américains et les civils irakiens paient aujourd’hui de leur sang.
En juillet dernier, un professeur des sciences politiques de l’Université de Bagdad soulignait les erreurs de jugements américaines. « Dissoudre l’armée au motif qu’elle puisse encore être liée à Saddam Hussein, je peux comprendre. Mais dissoudre la police ! À Bagdad ! C’est de la bêtise », s’exclamait-il. En juillet dernier, la circulation aux carrefours était effectivement assurée par de jeunes enfants qui tentaient d’obtenir quelques dinars des automobilistes pressés.
Une police qui représentait également un premier rempart contre l’insécurité rampante qui ravage le pays. Depuis quelques semaines, la coalition a certes formé plusieurs compagnies de policiers. Mais celles-ci sont désormais marquées du sceau des forces occupantes. À l’image de leur uniforme qu’on dirait tout droit sorti d’une vieille série télévisée américaine. Autant de signes extérieurs qui ont fait de cette police nouvelle mouture une cible de choix pour les terroristes de tout crin.
Une police qui dénonce aussi le manque de moyens mis à sa disposition par les forces de la coalition. Dans une interview, des officiers avouaient avoir dû renoncer à certaines opérations contre des malfrats surarmés. Difficile dès lors, pour ces Irakiens engagés dans la reconstruction de leur pays, d’assurer la sécurité de leurs concitoyens.
C’est sur ce terreau favorable que se développe le chaos, ferment du terrorisme. Le terrorisme qui était d’ailleurs avancé par l’Administration Bush, mais sans preuve, comme justification à l’entrée en guerre. Erreur de timing. Car c’est aujourd’hui que l’Irak est devenu un « aimant pour le mal » (Magnet for Evil), pour reprendre le titre d’un éditorial de Maureen Dowd publié dans le New York Times. Depuis la fin de la guerre, la terre d’Irak attire tous ceux qui vouent une haine éperdue aux États-Unis.
« L’Irak est un nouveau front de notre guerre contre la terreur », expliquait mardi le président Bush lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche. Tellement vrai. Un nouveau front né de l’impréparation complète de l’après-guerre par ce même président Bush. L’Irak de Saddam était monstrueux de cruauté. Aujourd’hui, les lacunes de la politique américaine pourraient avoir engendré un nouveau monstre.
Émilie SUEUR


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir