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Et le service de la dette, Messieurs ?

Le bruit suscité par le projet de budget 2004 a quelque chose d’irréel. Ministres, députés ou « commentateurs » glosent sans fin sur telle ou telle dépense, tel ou tel projet oublié, telle ou telle injustice fiscale. Tous ces détails ont leur importance, certes. Mais ils ne représentent qu’une goutte d’eau dans la mer par rapport au problème principal des finances publiques, à savoir le service de la dette. Peut-être la pierre dans le jardin est-elle devenue si énorme que personne ne la voit plus, se contentant de tourner autour, de tenter de débroussailler (vainement) ici ou là.
Hors service de la dette, le budget de l’État est relativement équilibré, il est vrai au prix d’un effort d’austérité d’autant plus difficile à supporter que la situation économique et sociale ne cesse de s’aggraver. Mais il est illusoire de vouloir alléger les rigueurs de cette austérité en faisant abstraction de la question de la dette. Au lieu de réclamer des augmentations pour les différentes caisses clientélistes, nos représentants feraient mieux, d’ailleurs, de s’intéresser au moyen de rationaliser ces fameuses dépenses sociales qui mobilisent tant. Les chantiers ne manquent pas dans la santé ou l’éducation, par exemple.
Même si ces réformes étaient entreprises (ce qui n’est malheureusement pas le cas), leur impact serait limité sur le déficit budgétaire, tant que celui-ci est lié au service de la dette dont la progression est exponentielle. Il est passé de 784 milliards de livres en 1993 à 4 500 milliards de livres en 2002. C’est-à-dire qu’il représente désormais plus de 100 % du déficit budgétaire total.
À cet égard, il est temps de cesser de se bercer d’illusions : là où Paris II n’a pas réussi, les privatisations et autres titrisations ne feront pas mieux. Le vice-président de la Banque mondiale le rappelait il y a deux jours : le plan financier dont a bénéficié le Liban est exceptionnel à plus d’un égard. Et pourtant, ses effets se sont pratiquement évaporés. Si la taille du service public libanais était comparable aux entreprises étatiques égyptiennes, on aurait pu peut-être tabler sur les privatisations, comme une dernière cartouche pour réussir le redressement des finances publiques. A contrario, la vente des derniers « bijoux de familles » ne résoudra rien. Les débats sans fin sur la privatisation ne sont qu’un voile pour masquer le véritable problème : le service de la dette.
À moins d’une manne miraculeuse (de plusieurs milliards de dollars) qui s’abattrait sur le Liban, il va bien falloir se rendre à l’évidence : aucune mesure budgétaire ne peut résoudre le problème du déficit. Tabler sur la reprise économique pour diminuer le ratio d’endettement par rapport au PIB est plus illusoire encore, étant donné les distorsions économiques induites par le déficit des finances publiques.
Que faire alors ? Tant que dure le matelas confectionné par la Banque centrale, il est encore temps de réfléchir à une solution « d’atterrissage en douceur ». Si le Liban n’a pas sombré dans la crise malgré des indicateurs de défaillance des finances publiques, c’est que la dette est un problème interne. Aucun intervenant externe n’est en mesure de réclamer des comptes. Le règlement passe donc forcément par un accord entre le débiteur (l’État) et ses créanciers, à savoir les banques et la Banque centrale.
Sibylle RIZK
Le bruit suscité par le projet de budget 2004 a quelque chose d’irréel. Ministres, députés ou « commentateurs » glosent sans fin sur telle ou telle dépense, tel ou tel projet oublié, telle ou telle injustice fiscale. Tous ces détails ont leur importance, certes. Mais ils ne représentent qu’une goutte d’eau dans la mer par rapport au problème principal des finances publiques, à savoir le service de la dette. Peut-être la pierre dans le jardin est-elle devenue si énorme que personne ne la voit plus, se contentant de tourner autour, de tenter de débroussailler (vainement) ici ou là. Hors service de la dette, le budget de l’État est relativement équilibré, il est vrai au prix d’un effort d’austérité d’autant plus difficile à supporter que la situation économique et sociale ne cesse de s’aggraver. Mais...