« Il fait chaud ici et nous avalons plus de poussière que d’habitude », dit en souriant la capitaine Sarah Stit, 25 ans, s’excusant pour ses cheveux plaqués sur son front par la sueur.
Essayant de manœuvrer le Humvee sur l’autoroute menant à l’aéroport de Bagdad, elle lance en riant : « C’est plus simple de piloter un Black Hawk. Il y a moins de chauffards » dans le ciel.
Malgré la combinaison beige informe et les chignons sévères qui retiennent leurs mèches blondes ou brunes, la féminité de la capitaine Stit et de ses collègues la capitaine Stephanie Savell et l’adjudant-chef Charlene Frei saute aux yeux dans leur environnement revêche et masculin. Au total, elles sont cinq femmes sur 125 hommes du 2e bataillon, du 501e régiment d’aviation, de la 4e brigade de la 1re division armée basés à l’aéroport de Bagdad. Elles ont pour mission d’acheminer des renforts et des troupes. « Quand on est une femme, on attend de nous plus de compétence technique. Il faut qu’on soit experte dans notre domaine », explique l’adjudant-chef Frei, 32 ans.
Ces femmes n’ont d’ailleurs rien à envier à leurs collègues. Les capitaines Stit et Savell sont sorties d’écoles militaires prestigieuses comme West Point, alors que l’adjudant-chef Frei a été choisie pour piloter l’hélicoptère du général commandant la brigade.
Mais même si les trois femmes affirment être traitées sur un pied d’égalité avec les hommes, elles concèdent avoir reçu des recommandations particulières à leur arrivée en Irak.
« On nous a demandé par exemple de ne pas faire de jogging seules ou en short et tee-shirt, même dans les zones fermées aux civils irakiens », révèle la capitaine Stit.
« Cela n’empêche pas les Irakiens de siffler et de lancer des quolibets lorsque je passe devant le bureau de l’entrepreneur qui les emploie » pour les travaux de maintenance de l’aéroport, poursuit l’adjudant-chef Frei, en se passant un tube de baume sur les lèvres.
Quant aux capitaines Stit et Savell, même si elles ont la chance d’être postées avec leurs époux, également pilotes, elles doivent prendre garde à ne pas tomber enceintes. « Sinon, on nous expédie à la maison », explique la capitaine Savell, 26 ans.
Interrogées sur la guerre, leurs mines se rembrunissent. L’adjudant-chef Frei, qui a été en poste au Kosovo, note que « la majorité des gens au Kosovo soutenaient notre présence. Ici, la plupart des Irakiens veulent notre départ ».
« Je ne sens pas que nous sommes une force d’occupation, mais les Irakiens nous regardent comme tel », intervient le capitaine Stit, en souhaitant que la situation se stabilise vite « pour que les enfants irakiens puissent vivre leur enfance, car ils le méritent ».
« Nous devons terminer (notre mission) et partir pour permettre aux Irakiens de vivre leur culture, car nous bloquons cela », lance l’adjudant-chef. Quand elle est dans les airs et qu’elle regarde le paysage défiler sous son hélicoptère, elle ressent « l’urgence » d’un retour à la normale en Irak.


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