Elle devrait quitter Paris demain pour Téhéran, selon la FIDH. « Elle s’est reposée hier chez elle et a d’autres entretiens aujourd’hui », a indiqué un porte-parole de la FIDH qui a souhaité ne pas être cité nommément.
Depuis sa désignation comme lauréate de la prestigieuse récompense, Mme Ebadi, 56 ans, avocate, infatigable défenseur notamment des droits des femmes et des enfants, a répété un message de détermination et d’espoir.
Pour elle, son prix « va encourager tous les militants des droits de l’homme, et encourager la société civile iranienne elle-même, qui pourra désormais considérer les activités humanitaires comme un objectif très intéressant », a-t-elle souligné dans un entretien publié samedi par le quotidien parisien Le Monde.
Elle se dit convaincue qu’ « à partir du moment où il y aura un grand nombre d’activistes, l’évolution pourra se faire automatiquement ».
Dans tous les entretiens qu’elle a accordés à la presse depuis l’annonce de sa sélection, elle suggère des mesures concrètes qui pourraient être prises immédiatement pour alimenter une dynamique de réformes politiques et sociales en Iran.
Vendredi, peu après l’annonce de sa désignation, elle avait souhaité la mise en liberté immédiate des prisonniers politiques en Iran. Samedi, elle a insisté sur l’abolition de peines de justice archaïques comme l’amputation ou la lapidation. Elle demande également la modification de l’âge de la majorité des jeunes, actuellement de 13 ans pour les filles et 15 ans pour les garçons.
Mais pour faire aboutir ces revendications, elle prône la non-violence et la mobilisation des peuples qui se considèrent opprimés, plutôt que les soulèvements violents et les interventions étrangères comme ce fut le cas en Irak.
« Le temps des révolutions est fini. Nous sommes pour une réforme, aussi bien en ce qui concerne les droits civils et politiques que les droits économiques et sociaux », a-t-elle déclaré au Monde.
La veille, elle avait souligné devant la presse que « le combat pour les droits de l’homme est mené dans chaque pays par le peuple, c’est le cas pour l’Iran, et nous sommes contre toute intervention étrangère en Iran ».
Elle affiche une conviction optimiste quant à l’issue du combat pour les droits de l’homme et la démocratisation en Iran où s’affrontent des courants réformistes et conservateurs au cœur des institutions du pays. « Si elle n’évolue pas, la République islamique ne peut pas continuer, assure-t-elle. Non seulement au gouvernement, mais dans tout le pays, on veut que les réformes soient poursuivies d’une manière sérieuse et radicale. »
Mme Ebadi, qui refuse de porter le voile islamique lorsqu’elle est en France mais doit se couvrir la tête en Iran, refuse également de tomber dans le piège d’une contradiction fondamentale entre islam et démocratie.
« Ce n’est pas l’islam qui est responsable, mais les régimes corrompus dans tous les pays musulmans qui, malheureusement, prennent ce prétexte pour justifier leur gouvernement illégitime », a-t-elle assuré au Monde.
« Si vous lisez le Coran, vous vous apercevrez qu’il n’y a rien dedans contre les droits de l’homme », avait-elle souligné vendredi. Pour autant, elle suggère un degré de laïcisation en Iran : « Je suis pour la séparation de l’État et de la religion. Ma prise de position n’est pas contre l’islam. Actuellement, il y a de grands ayatollahs qui sont pour la séparation de l’État et de la religion. »

