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Impression Lettre aux – bientôt – bacheliers

Voilà, c’est la dernière ligne droite, la fin du parcours. Quelle grande affaire, ce bac. Tant d’années de routine scolaire, de camaraderies patiemment tricotées, famille parallèle, fratrie de circonstance, microcosme où l’on apprend la vie de groupe, le social en petit, le partage, l’humilité, le regard de l’autre, se mesurer, aider, demander, l’instinct de la meute, l’assistance au plus faible, la mise à mort du marginal, la révolte qui sourd d’un instinct confus de l’injustice. À côté, toute la masse d’informations, utiles ou superflues, à absorber sans distinction, dans l’urgence, à restituer sous sanction, sous le regard implacable du maître qui, lui, n’a rien d’autre à apprendre que le désarroi de cette grande séparation du bac. Bientôt s’ouvriront les portes de la volière. Bientôt les ailes déployées.
Vous partirez. Vous avez déjà appris l’essentiel. Dans le meilleur des cas, appris à apprendre, n’est-ce pas l’objectif le plus clair des années d’école ? Vous partirez avec des certitudes, structurés, comme on dit, à force d’interdits. Vous connaissez le cadre, les barreaux auxquels on se heurte sans même les voir. Ils continueront à dresser leurs herses imperceptibles, elles ont hachuré votre enfance, grillagé les photos jaunies derrière lesquelles vous n’étiez pourtant pas des images. Vous en garderez une nostalgie douce-amère. Vous le savez déjà, les œufs, les cocons et les cages, on les quitte comme un de ces vêtements qui vous collent à la peau et retiennent votre odeur, une de ces vieilles vestes avachies qu’on endosse et qu’on jette, qu’on foule aux pieds, qu’on laisse traîner et dont pourtant on croit protéger ceux qu’on aime quand vient le vent. Le souvenir des cages est nécessaire, il en reste le regret d’un abri, le réconfort d’avoir été protégé, aussi hauts les murs et froids les déambulatoires.
Alors, bientôt le bac. Bientôt ce fameux visa qui vous autorise à quitter le territoire scolaire. Pour aller où ? Vous avez déjà votre petite idée de l’itinéraire qui vous attend. Cette fois, vous l’avez choisi. Vous avez étudié les débouchés, tracé votre plan d’études et de carrière. Vous avez eu, très fort, le sentiment que toutes les places étaient prises, que la vôtre, il vous faudra jouer des coudes pour la gagner. On vous a tant répété qu’il ne s’agissait pas seulement d’être bon, mais d’être le meilleur, le mieux adapté à la survie dans la jungle au-dehors. Le meilleur. Drôle de programme. Mais vous le comprendrez assez vite: quelle que soit la filière que vous aurez choisie, c’est par le talent qui vous distingue que vous irez au sommet. C’est le danseur en vous qui fera le meilleur architecte, le musicien qui fera le médecin, l’ami des bêtes qui fera le politique, le joueur d’échecs, de foot ou de tennis qui portera le banquier, le commerçant ou le directeur d’entreprise. Ce bout d’aile que vous avez tenté entre les barreaux de l’enfance, cette évasion dans une forme de créativité, c’est en elle que réside votre envergure. À la veille du bac, il faudra vous en souvenir.

Fifi ABOUDIB
Voilà, c’est la dernière ligne droite, la fin du parcours. Quelle grande affaire, ce bac. Tant d’années de routine scolaire, de camaraderies patiemment tricotées, famille parallèle, fratrie de circonstance, microcosme où l’on apprend la vie de groupe, le social en petit, le partage, l’humilité, le regard de l’autre, se mesurer, aider, demander, l’instinct de la meute, l’assistance au plus faible, la mise à mort du marginal, la révolte qui sourd d’un instinct confus de l’injustice. À côté, toute la masse d’informations, utiles ou superflues, à absorber sans distinction, dans l’urgence, à restituer sous sanction, sous le regard implacable du maître qui, lui, n’a rien d’autre à apprendre que le désarroi de cette grande séparation du bac. Bientôt s’ouvriront les portes de la volière. Bientôt...