«Je suis né dans le mouvement. Ma mère a failli accoucher de moi dans un train qui la menait au village de ses parents, à Jdita, et depuis. je suis resté dans le mouvement ! » Comprenez donc combien il est difficile pour ce grand monsieur, plus d’un mètre quatre-vingts, grand sportif devant l’éternel, qui a passé le plus clair de sa vie professionnelle à voler dans les cieux du monde, de ne pas souffrir aujourd’hui, immobilisé qu’il est, depuis une éternité, lui semble-t-il, après une mauvaise chute et une fracture à la cheville. « Je prenais l’avion pour Paris ! » Car Monsieur Rababy réside à Paris, avec son épouse Salwa Chartouni, depuis 1985. D’abord pour des raisons sécuritaires, qui sont devenues des raisons de cœur, il y savoure une francophonie qui lui va bien et des souvenirs de rencontres qui, aussitôt évoquées, se remettent à vivre.
Le verbe léger, l’humeur à fleur de peau, le voici qui raconte, avec ces « pleins » et ces « déliés » qui lui ressemblent, les moments forts d’une existence chargée. « J’ai été ambassadeur dans 36 pays au lieu d’un , s’écrie-t-il – lorsqu’il parle de la MEA, il y a toujours beaucoup de passion dans l’air.
La grande intuition
Rappelons tout de même que ce professeur d’histoire, de géographie et d’anglais, journaliste depuis un demi-siècle, bardé de dix décorations, « sauf la libanaise que j’ai refusée. Je n’avais fait que mon devoir », a entamé sa carrière en tant que directeur des ventes et de la publicité de la société Coca-Cola. C’est là, en 1958, qu’il attire l’attention du PDG de la compagnie d’aviation Middle East Airlines, cheikh Nagib Alamuddine, qui aura la « grande intuition » de le nommer au poste de responsable de la publicité et des relations publiques. « J’ai grandi avec la compagnie. » Il va surtout s’impliquer dans le tourisme, qui l’intéressait déjà, puisqu’il fut, dans les années, 50 directeur de la Société d’encouragement au tourisme, de l’ATCL, des Amis de l’arbre et enfin un membre fondateur du Conseil national du tourisme. « Pour renforcer notre situation dans le monde et l’image du Liban, la chose la plus chère à mon cœur, je me suis greffé, à titre personnel, à l’UIOOT, l’Union internationale des organismes officiels du tourisme, qui deviendra plus tard l’Organisation mondiale du tourisme, l’OMT. »
Il sera pendant quatorze ans le président du secteur privé (les membres affiliés) et président de l’Académie internationale du tourisme. « Pendant toutes ces années, le Liban était à la tête du tourisme international mais n’a pu en profiter, il brûlait. » Une de ses charges les plus « utiles » consistera à accompagner les présidents de la République dans leurs voyages officiels. « J’ai décliné à deux reprises le poste d’ambassadeur du Liban. Je considère que l’adoption de pensées et de principes qui ne sont pas les miens est une limite à la liberté. Nous n’avons plus alors la liberté de dire non. Et moi j’étais libre avec un seul port d’attache, mon pays. »
Cette liberté si chère à son cœur lui sera tout de même ôtée, comme une déchirure, une brisure dans sa vie, un sombre 5 février 1985, lorsqu’il sera pris en otage à la sortie de son bureau, à l’aéroport de Beyrouth. « Je dérangeais probablement », confesse-t-il. Cinq mois plus tard et avec trente kilos en moins, « le miracle eut lieu, je recouvrais la liberté. » Après sa libération et pour des raisons évidentes de sécurité, Monsieur Rababy s’exile en France où il continuera à exercer jusqu’à sa retraite en 1991. L’homme en perpétuel mouvement a retrouvé un peu de calme qui ressemble plutôt à de la résignation. Ou à de la fatigue. Maudite douleur à la jambe ! Heureusement qu’il reste de beaux souvenirs à caresser pour faire taire le mal. Et dresser un bilan qui se résumerait en ces quelques phrases : « J’ai fait du patriotisme, du nationalisme, mais pas de la politique. Les vingt années passées aux côtés de Nagib Alamuddine ont été le plus grand bonheur professionnel dont je pouvais rêver. »
Carla HENOUD


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