Les réserves immédiatement exprimées par le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, à l’égard de ce texte discuté pour la première fois jeudi dernier, laissent prévoir de houleuses tractations au sein d’un Conseil de sécurité, plus que jamais divisé par la question irakienne.
« Nous allons entendre de chaque pays ce qu’il a à dire, nous rassemblerons tous ces points de vue et nous les communiquerons à Washington », a indiqué hier un diplomate américain. Ce diplomate, qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat, n’a pas exclu que le projet américain, déjà révisé une première fois, puisse l’être à nouveau après l’examen des réactions effectué par l’Administration américaine. « Peut-être après ce processus pourrons-nous produire un texte mis à jour, où peut-être nous ne le pourrons pas », a-t-il ainsi ajouté, se refusant à toute spéculation sur les prochaines étapes envisagées par la diplomatie américaine.
En l’absence d’une menace de veto, explicitement levée par la France, l’adoption de ce projet de résolution ne faisait guère de doute, la seule question étant le nombre de voix qu’elle recueillerait et, partant, ses conséquences pratiques en terme de contributions militaire et financière.
Mais, pour Kofi Annan, rien dans le projet américain ne justifie que les Nations unies, cibles en Irak de deux attentats en un mois, prennent des risques et retournent dans le pays pour y jouer le rôle mineur que leur réservent les États-Unis. Cette prise de position inhabituellement directe a bouleversé la donne. Les membres du Conseil, et tout particulièrement ses dix membres non permanents, sont en effet très attentifs à ce que pense le secrétaire général et sa prise de position pourrait priver le projet américain des voix dont il a besoin.
Une résolution, pour être adoptée par le Conseil de sécurité, doit recevoir un minimum de neuf voix sur 15 et ne faire l’objet d’aucun veto d’un des cinq membres permanents. Les pointages effectués par les diplomates, y compris ceux favorables à la position américaine sur l’Irak, indiquent que le projet américain, en l’état et à ce jour, ne franchit pas ce seuil.
Le président français, Jacques Chirac, l’opposant le plus actif à la guerre décidée unilatéralement par Washington, avait exprimé samedi « une certaine déception » en évoquant le projet de résolution américain. M. Chirac a également déclaré « partager les préoccupations » du secrétaire général de l’Onu et a rappelé que la France souhaitait « une perspective claire pour un transfert de souveraineté aux Irakiens, avec un transfert aussi rapide que possible des responsabilités » gouvernementales. « Et le tout, a-t-il ajouté, avec un rôle essentiel, moteur, de l’Onu. »
Mais la position des États-Unis reste inchangée sur le principe : la coalition américano-britannique ne remettra le pouvoir aux Irakiens qu’après l’adoption d’une nouvelle Constitution et l’Onu est cantonnée dans un rôle de soutien et de conseil.


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