Ce n’est pas tant l’effet des vacances – tout le monde n’en prend pas – ni celui des retours, des transhumances ou des grands départs comme il y en a souvent sous nos cieux. Ni l’image tenace des bagages bouclés, leurs masses obscures affalées au pied des marches, alors que de la face cachée de la montagne, comme répondant à un appel inouï, s’échappent les oiseaux migrateurs en nuées sereines. Oh, il y a bien un peu de tout cela, mais c’est surtout l’idée de l’automne qui fait malaise. D’ailleurs, on ne dit plus l’automne, on dit « la rentrée ». La rentrée, forcément, ça vous change le paysage. Il faut déjà se refaire à cette lumière crue, au petit vent frais qui se lève – il faut tenter de vivre ! –, à la petite clé d’automate qui nous pousse dans le dos. Après la cohue, ce sera routine, le réveil qui sonne à la même heure, la valse des autocars, un regain d’intérêt pour les nouvelles du monde à l’heure du journal télévisé. Entre les deux, comme prisonniers d’un temps tout à coup plus étroit, nous savourerons autrement les rares pauses de la journée.
Parfois, il suffira de regarder la mer pour que tout cesse. Comme toujours, elle nous chantera son appel. Certains n’y résisteront pas. À Beyrouth, surplombant la gare routière, un nouveau compagnon nous est promis. Un vent coquin a soulevé sa voilure et révélé son sarouel et son bonnet de bure entouré d’une écharpe. Il a un balluchon. Il s’en va. Comme tout le monde, je l’appelle déjà « Tanios ». Il a la tête de pierre de qui vient de se détacher d’un rocher. Sans doute est-il parti un jour d’octobre, l’émigré, dans la lumière vive des lendemains de pluie qui aplanit la mer et l’ouvre à d’ultimes évasions. Mais il est là, et nous avec.
Fifi ABOUDIB


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir