Dans les années 1960, Michael Philip Jagger, né le 26 juillet à Dartford (Grande-Bretagne), avait déclaré qu’il ne se voyaiat pas chanter encore Satisfaction passé le cap des 30 ans. Cet « hymne » des années 1960 figure toujours au répertoire de « Sir Mick » (depuis le 15 juin 2002) et il y a toutes les raisons de croire que cela sera le cas encore longtemps.
Fils d’un professeur de gymnastique, Joe Jagger, à qui il doit de toujours avoir pris soin de sa forme physique, et de Éva, représentante de la classe moyenne britannique, attachée aux traditions, la vie de Jagger junior aura été indéfectiblement associée à celle des « Stones », un cadeau et un boulet tout à la fois. Un cadeau parce que, comme il le chantait déjà en 1969 dans Street Fighting Man, « qu’est ce qu’un pauvre garçon peut faire à part chanter dans un groupe de rock ? », activité qui lui a permis de figurer parmi les plus grosses fortunes de Grande-Bretagne (la 152e du pays en 2001, avec un patrimoine estimé à 221 millions d’euros). Un boulet parce qu’il n’aura jamais, à son grand dam, réussi à s’affranchir de cette prison dorée.
Au milieu des années 80, alors que toute une constellation de nouvelles stars commencent à briller au firmament du rock mondial (Michael Jackson, Madonna, Prince...), Jagger, qui vient de passer le cap des 40 ans, pense qu’il a largement les atouts pour laisser là Keith Richards, le guitariste des Stones, son ami de 30 ans, Charlie Watts, le batteur, Bill Wyman le bassiste, et Ron Wood (guitariste qui n’est jamais parvenu à faire oublier Brian Jones et Mick Taylor) et voler de ses propres ailes. Il enregistre à Paris son premier album solo (She’s The Boss), disque qui, il n’en doute pas, doit l’imposer en solo. L’enregistrement est accueilli tièdement. Le chanteur refuse de baisser les bras. Il réitère dans la foulée avec Primitive Cool (1987). Nouvel échec. Entre-temps, les Rolling Stones ont failli se séparer. À la fin des années 1980, le groupe est au plus bas. En homme raisonnable (c’est grâce à son sens des responsabilités que la formation survécut aux années 70, décennie que Keith Richards, son alter ego, traversa dans une brume opiacée), Mick Jagger a compris qu’il ne serait jamais qu’un des Stones, fut-ce le plus célèbre. Steel Wheels (1989) scelle ces retrouvailles. À partir de cette date, Jagger, Richards, Watts et Wood se résignent à l’idée que toute velléité de s’affranchir des autres est vouée à l’échec. Seul Wyman jette l’éponge en 1993, mais le silencieux bassiste a bien d’autres activités en dehors du groupe (photo, archéologie, restauration) pour s’occuper à plein-temps.
Mick Jagger, lui, continue à mener sa vie de jet-setter international, passant ses jours entre ses différentes propriétés aux quatre coins du globe (il possède des pied-à-terre sur l’île Moustique, en Touraine, à Londres et New York) et les scènes du monde entier qu’il arpente avec les Stones à intervalles réguliers. Mais ce père rigoureux veille aussi à l’éducation de sa nombreuse progéniture (sept enfants, dont l’âge s’échelonne entre 33 ans et quatre ans), surveille sa fortune et garde toujours l’œil sur de nouvelles activités (il a fondé une société de production cinématographique, Jagged Films). Doctor Mick et Mister Jagger s’entendent très bien : « Je pense que c’est de l’escroquerie d’essayer de correspondre à sa légende ou aux fantasmes des autres. C’est très dangereux », estime-t-il.


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