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Le Stade de France, cadeau empoisonné pour les Bleus

Depuis le début des championnats du monde d’athlétisme, les athlètes français jouent à domicile, un avantage pour la plupart mais un handicap pour d’autres.
« Autant le public porte considérablement les athlètes qui courent, on l’a vu avec la dernière ligne droite de Marc Raquil en demi-finale et en finale du 400 m, autant le public, mais peut-être plus particulièrement les orchestres de musique, gêne un peu les athlètes engagés dans les concours », résume Robert Poirier, le directeur technique national.
Habitués à évoluer devant des tribunes quasiment vides, comme à Narbonne lors des derniers championnats de France ou comme à Charléty, à la mi-septembre lors de la finale du Grand Prix, les Bleus sont surpris et parfois un peu décontenancés.
Robert Poirier l’avoue : « Cette ambiance est fantastique. Mais il va falloir apprendre à la gérer. La gérer ainsi, au cœur de l’action, ce n’est pas forcément toujours évident. »
Ancienne athlète sur 200 m, Maguy Nestoret, aujourd’hui adjointe de Robert Poirier, est sous le charme : « Cette ambiance est vraiment géniale et, quelque part, tellement inespérée. En fait, le public n’est pas hyperconnaisseur. Mais il réagit avec le cœur. Il s’enthousiasme dès qu’il voit un maillot bleu et l’appelle par son prénom comme s’il le connaissait aussi bien qu’il connaît chaque joueur de l’équipe de France de football », dit-elle.
« Jamais de toute leur carrière, à part peut-être si un jour les Jeux olympiques ont lieu à Paris, nos athlètes ne vivront cela. »

Raquil cherchait Zidane
La première à entrer dans le chaudron du Stade de France, alors aux trois quarts plein, fut Eunice Barber. Lancée dans la première journée de son heptathlon, la future vice-championne du monde eut bien du mal à se contrôler.
Dans l’aire du lancer de poids, très proche d’un virage nord, ses jambes ne lui appartenaient plus : « Le public était tellement derrière moi que je ne sentais plus mes jambes, elles tremblaient malgré moi. »
Ses starting-blocks à peine calés pour sa finale sur 400 m, Marc Raquil basculait dans un sonore « Allez les Bleus, allez les Bleus. » Incrédule, aux côtés de son pote d’entraînement Leslie Djhone, le Martiniquais aux boucles blondes eut même du mal à croire que les encouragements de près de 55 000 personnes étaient pour eux.
« Soudain, j’ai eu l’impression d’être là pour un match de foot, j’ai eu l’impression que Zidane était dans le stade, mais je ne le voyais pas. »
« J’ai eu alors l’impression d’avoir tout le Stade de France sur les épaules », a-t-il ajouté.
Au fil des tours, Muriel Hurtis a retenu ses émotions : « On a l’impression de rendre les gens heureux. C’est un sentiment nouveau et incroyable pour moi. À un tel degré, c’est très émouvant et donc très dur de s’enfermer dans sa bulle, de ne pas leur répondre. Parfois, comme j’essaie de rester dans ma bulle, j’ai peur de ne pas voir assez leur sourire. »
Livide avant de prendre le départ de la finale sur 1 500 m, sous les « Allez Mehdi » et « Allez les Bleus », Mehdi Baala a même inquiété son entraîneur, Jean-Michel Dirringer, qui crut que son poulain « allait se trouver mal ».
« Ces clameurs, ces encouragements, c’était fou, complètement dingue, assourdissant au point que je n’entendais même pas mes pas. On se serait cru à un concert. Grâce à ce public, c’est le plus beau jour de ma carrière, mais il restera sans doute aussi à jamais le plus dur. »
Depuis le début des championnats du monde d’athlétisme, les athlètes français jouent à domicile, un avantage pour la plupart mais un handicap pour d’autres.« Autant le public porte considérablement les athlètes qui courent, on l’a vu avec la dernière ligne droite de Marc Raquil en demi-finale et en finale du 400 m, autant le public, mais peut-être plus particulièrement les orchestres de musique, gêne un peu les athlètes engagés dans les concours », résume Robert Poirier, le directeur technique national.Habitués à évoluer devant des tribunes quasiment vides, comme à Narbonne lors des derniers championnats de France ou comme à Charléty, à la mi-septembre lors de la finale du Grand Prix, les Bleus sont surpris et parfois un peu décontenancés.Robert Poirier l’avoue : « Cette ambiance est fantastique. Mais il...