Dans un entretien diffusé hier lors de l’émission de télévision Hardtalk, sur la BBC, Mohammed el-Baradei ajoute que le programme nucléaire iranien a été lancé il y a bien plus longtemps que ce que l’AIEA pensait dans un premier temps. Sans citer aucun pays en particulier, el-Baradeï a fait savoir qu’il avait « une assez bonne idée » de l’identité de ceux qui avaient mis en vente les éléments acquis par l’Iran. « Il peut s’agir d’un seul pays, il peut y en avoir plusieurs », a dit el-Baradei. « L’Iran nous a dit qu’il avait acheté beaucoup de choses au marché noir. Il y a des intermédiaires. Cela ne se fait pas directement avec un pays. » Le Pakistan, pays détenteur de l’arme atomique qui a refusé de signer le Traité de non-prolifération nucléaire de 1968, est soupçonné d’être l’un des pays fournisseurs de technologie nucléaire de l’Iran. Sans accuser Téhéran de mensonge, el-Baradei a estimé que l’Iran n’avait pas fourni à l’AIEA tous les éléments nécessaires pour avoir une vue d’ensemble de son programme nucléaire. Toujours dans le cadre de l’affaire du nucléaire iranien, le président français Jacques Chirac a pressé hier Téhéran de signer « sans condition et sans délai » un accord de garanties renforcées sur son programme nucléaire, estimant que sa politique suscitait de « graves préoccupations », a déclaré M. Chirac devant les ambassadeurs de France.
D’autre part, des diplomates et des experts à Vienne ont expliqué hier que le programme nucléaire iranien, parce qu’il ne peut pas être entièrement justifié par la production d’électricité, donne à penser que Téhéran cherche à fabriquer secrètement l’arme atomique. Les soupçons de la communauté internationale, et notamment des États-Unis et de la France, se sont renforcés avec la récente découverte sur le site de Natanz, dans le centre de l’Iran, d’uranium hautement enrichi « non indispensable pour produire de l’électricité » et que Téhéran a omis de déclarer à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). « Pour se doter de l’arme nucléaire, un pays a deux possibilités », explique un diplomate occidental. « Il peut construire une installation d’enrichissement de l’uranium naturel pour obtenir l’uranium 235 nécessaire à la confection de la bombe. Il faut 21 kg d’uranium 235 enrichi à 80-90 % pour faire une bombe », indique-t-il. « Mais si ce pays possède déjà des centrales nucléaires civiles, il peut tout simplement se doter d’un atelier de retraitement pour extraire des déchets de ces centrales le plutonium 239 indispensable à la confection d’une bombe. Dans ce cas, 5 kg de plutonium 239 enrichi à 80 % suffisent », ajoute-t-il.
Un autre diplomate proche de l’AIEA s’interroge parallèlement sur les raisons qui poussent l’Iran à investir des milliards de dollars dans un programme nucléaire qui produira de l’électricité à un coût supérieur à celui de centrales thermiques chauffées au gaz. D’après lui, ce programme n’a que « peu de justification économique », compte tenu de la production pétrolière (environ 3,6 millions de barils par jour) et gazière du pays (16 % des réserves mondiales). Officiellement, l’Iran veut se doter d’ici à 2020 d’une capacité de production de quelque 6 000 mégawatts d’électricité d’origine nucléaire.

