Normal. Voilà longtemps que la Marseillaise n’avait pas retenti sur un circuit de F1. Depuis mai 1996 et la victoire d’Olivier Panis (Ligier-Mugen Honda) à Monaco.
Le constructeur français, lui, patientait depuis... vingt ans et la victoire d’Alain Prost au Grand Prix d’Autriche, le 14 août 1983 à Zeltweg. C’était l’époque de la « yellow tea pot », la Renault à moteur turbocompressé. Vingt ans, une éternité.
« Vingt ans, c’est pratiquement l’âge de Fernando Alonso », disait Patrick Faure, président de Renault sport, joint au téléphone par l’AFP. Absent de Budapest, le patron avait assisté à la course à la télévision de son lieu de vacances... en Espagne, le pays de Fernando 1er.
« Lorsque nous avions annoncé que notre objectif était d’obtenir quatre podiums cette saison, certains avaient rigolé. Et on les a eus. Mieux, il y a cette victoire », se réjouissait Patrick Faure.
« Nous ne nous sommes
pas trompés »
« Il y a aussi cette confirmation. Nous ne nous sommes pas trompés en misant sur Alonso, en le plaçant d’abord chez Minardi, puis en le gardant une saison comme essayeur, poursuivait le patron de Renault. Fernando, lui, a eu l’intelligence de nous faire confiance. Désormais, il restera dans l’histoire comme le plus jeune vainqueur... au volant d’une Renault. »
Dans le paddock de Budapest, pendant que Fernando Alonso contait sa course en conférence – « pole, victoire, c’est fantastique, le rêve est devenu réalité. Après neuf tours, je ne voyais plus personne dans mes rétroviseurs, alors j’ai demandé à l’équipe où étaient les autres. On m’a répondu à 15 sec, j’ai su alors que j’étais très rapide » –, Flavio Briatore se pliait à toutes les sollicitations.
Trempé de champagne, le « beau Flavio » répondait en italien, en anglais, en français. « C’est bien pour Alonso, pour Renault, parce que MM. Schweitzer et Faure m’ont donné leur confiance pour organiser cette équipe comme je le voulais, jubilait l’Italien. C’est une victoire de l’équipe, de la stratégie, tout a été parfait. »
« Raison garder »
« Ce qu’a fait Fernando est tout à fait exceptionnel, poursuivait Briatore. Et le voir prendre un tour à la Ferrari de Michael Schumacher, c’était vraiment super. Mais les derniers tours ont vraiment été très durs. On ne sait jamais ce qui peut se passer. C’est vraiment une victoire pour toute l’entreprise Renault, car tout le monde nous soutient de façon formidable. »
« Dans les derniers tours, reprenait Flavio, après avoir reçu une poignée et les félicitations de Mario Thieissen, directeur de BMW Motorsport, les ingénieurs lui disaient par radio “relax, do your job” et c’était fantastique parce qu’il contrôlait la situation. Et puis il n’y a eu aucun souci technique. Ça c’est un grand jour pour tout le travail fait cet hiver. »
Le temps de renverser le verre d’eau qu’on venait de lui tendre sur la tête de Pierre Dupasquier, le directeur de la compétition de Michelin, et d’une énième embrassade avec M. Bibendum, Flavio Briatore partait rejoindre ses troupes dans le stand, attendre Alonso, le héros, le vainqueur.
À quelques milliers de kilomètres de Budapest, Patrick Faure redisait son bonheur : « J’ai toujours pensé que l’on serait dans le coup en Hongrie. Mais on espérait un podium. Là, nous avons dominé tout le week-end. Cette saison, il y a eu les premiers podiums, la première victoire. Maintenant il reste la conquête du titre. Mais il faut raison garder. Ce sera l’objectif 2005. »


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