Dès le premier moment de son existence, de par sa Conception immaculée, elle avait été dans la mouvance de l’Esprit.
Lors de l’Annonciation, c’est l’Esprit qui avait réalisé en elle l’incarnation du Verbe.
À la Pentecôte c’est l’Esprit qui, prenant possession du Collège apostolique, l’avait comme consacrée reine des Apôtres et mère de l’Église.
À l’Assomption, c’est encore l’Esprit qui s’empare d’elle : comme il avait ressuscité le Fils, il ressuscite la Mère.
Quel intérêt cette croyance a-t-elle pour notre vie spirituelle ? Si l’Église a défini ce dogme, ce n’est pas seulement pour exalter « les grandeurs de Marie », c’est aussi pour rappeler aux hommes et aux femmes la dignité du corps humain destiné à la Gloire.
L’homme de toujours, et non pas seulement l’homme actuel, est partagé entre le culte du corps (les dieux du stade et du spectacle, idoles de chair) et le mépris du corps (considéré comme un instrument de plaisir visuel et charnel dont on peut user et abuser).
La glorification de Marie, corps et âme, nous invite à respecter notre corps et celui des autres. Nos corps comme le sien créés par le Père, rachetés par le Fils, consacrés par l’Esprit sont comme le sien destinés à la gloire. Car la survie n’est pas l’immortalité de l’âme, mais la résurrection de la chair, c’est-à-dire de la personne humaine tout entière. Dans le langage biblique, l’esprit n’est pas l’âme et la chair n’est pas le corps. Mais l’esprit c’est l’homme dans son âme et dans son corps quand il est vivifié par l’Esprit. C’est ce que dit aussi saint Augustin : « De même que l’Esprit, quand il est tombé sous l’esclavage de la chair, mérite d’être appelé charnel, de même le corps mérite bien d’être nommé spirituel lorsqu’il est parfaitement soumis à l’Esprit. »
Dans l’Assomption se produit le triomphe de la nouvelle Ève associée au nouvel Adam. C’est le triomphe de la femme qui vient s’unir au triomphe de l’homme. Dieu n’a pas voulu que l’idéal des fins dernières de l’humanité soit uniquement réalisé d’avance dans un homme, ce qui aurait pu favoriser l’idée d’un exclusivisme masculin et obscurcir l’importance des valeurs féminines dans la communauté humaine.
Le premier idéal de l’humanité avait été inscrit dans un homme et dans une femme ; il s’était perdu par le concours des deux ; il devait être restauré, suivant le plan divin, par un concours analogue. L’Assomption atteste que la femme n’est ni laissée dans l’ombre ni reléguée en arrière et qu’elle a été définitivement restaurée dans sa dignité féminine. Une femme réalise dès maintenant, aux côtés de l’Homme nouveau, la perfection ultime à laquelle est ordonnée l’humanité.
Loin donc que l’Assomption nous apparaisse comme une sorte d’apothéose et d’exception, elle est la destinée normale du chrétien: Marie nous devance dans la gloire comme elle nous a précédés dans la foi : ce qu’elle est, l’Église tout entière un jour le sera. Marie est bien « l’icône première et dernière de l’Église. » Ce qui s’est réalisé en elle se réalisera en chacun de nous, en nous tous, si nous savons, comme elle, consentir à l’Esprit.
Sylvain THOMAS


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