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Impression Iwachu...

J’ai reçu une clochette japonaise. Un petit objet en fonte, en forme de pomme de pin, et qui tinte doucement comme chanterait l’esprit des forêts. Au grelot est attaché un ruban de papier. La notice indique : « Les prières inscrites sur le parchemin sont emportées par la musique du vent. » Ma clochette s’appelle Iwachu. Son parchemin est encore vierge. Je me demande parfois ce que je pourrais bien confier à la musique du vent sur ce petit bout de papier bleu. Il en faudrait des kilomètres, ou alors rien du tout. Son tintement me hante comme un appel. Former un vœu, et puis l’écrire, que le vent ne passe pas en vain. C’est sournois, le vent. On ne le voit pas partir comme partent les rivières, et pourtant, on le sait bien, jamais un même vent ne vous soulève. Jamais un même vent ne se lève pour dire « Il faut partir. » Jamais on ne sait lequel prendre ni lequel vous prendra. Et jamais on ne sait où il va, car le vent ne se jette pas à la mer.
Quant aux vœux. Un vœu est un désir d’optimiste. Une prière est une demande faite à un dieu. Dans l’un il y a de l’espoir, dans l’autre une détresse que seul le surhumain peut résoudre. Une prière, c’est sérieux. On ne dérange pas Dieu pour des bricoles. Un vœu peut se passer de réponses. Il se contente de signes, et comme il part d’un naturel heureux, il n’a aucun mal à en trouver. Les réponses divines, on dit qu’on les trouve en son cœur, selon que l’on se sente apaisé ou que l’angoisse demeure. Mais les réponses du vent ? Iwachu, tu me fais penser à la fée ma marraine. Elle qui n’accorde que trois vœux dans une vie, le dernier servant le plus souvent à défaire l’imbécillité des deux autres. Et quand bien même j’aurais réussi à extraire trois vœux de la foule de tout ce qui me tient à cœur, et que ce bout de parchemin parvienne à les contenir, l’idée de les écrire m’est un désarroi. Il y a quelque chose de définitif dans l’écrit qui ne permet pas de souhaiter une chose et son contraire comme c’est souvent le cas. Il y a aussi quelque chose de solennel qui impose de choisir le bien de l’humanité avant le sien propre. La paix du monde, par exemple, et la consolation de ceux qui souffrent. Car si tu as ce pouvoir, Iwachu, ne m’accorde surtout pas le sinistre privilège d’être sur terre le seul être heureux.
À la musique du vent, je confie noir sur bleu de m’accorder la sagesse de reconnaître le bonheur au moment où il passe et de m’en souvenir dans la tranquillité. Sur ton parchemin, Iwachu, je tracerai une étoile comme on marque un lieu sur une carte au trésor. C’est bien plus dense et moins lourd que les mots. Enfant, j’ai pu croire que les étoiles crépitaient comme des feux d’artifice. Désormais je sais qu’elles tintent. Au son du grelot, je saluerai le bonheur qui passe, furtif comme le dieu du vent.

Fifi ABOUDIB
J’ai reçu une clochette japonaise. Un petit objet en fonte, en forme de pomme de pin, et qui tinte doucement comme chanterait l’esprit des forêts. Au grelot est attaché un ruban de papier. La notice indique : « Les prières inscrites sur le parchemin sont emportées par la musique du vent. » Ma clochette s’appelle Iwachu. Son parchemin est encore vierge. Je me demande parfois ce que je pourrais bien confier à la musique du vent sur ce petit bout de papier bleu. Il en faudrait des kilomètres, ou alors rien du tout. Son tintement me hante comme un appel. Former un vœu, et puis l’écrire, que le vent ne passe pas en vain. C’est sournois, le vent. On ne le voit pas partir comme partent les rivières, et pourtant, on le sait bien, jamais un même vent ne vous soulève. Jamais un même vent ne se lève pour dire « Il faut...