L’affaire faisait hier les gros titres de tous les médias, le quotidien Yediot Aharonot parlant de « révolte des pilotes ». Son impact est d’autant plus fort que les pilotes sont considérés comme le corps d’élite des forces armées, une sorte d’aristocratie censée montrer l’exemple aux autres militaires. Les réactions ont ainsi été à la hauteur du choc provoqué.
Les pilotes ont proclamé dans une lettre ouverte qu’ils ne voulaient plus « obéir à des ordres illégaux et immoraux » et refusaient « de prendre part à des attaques aériennes contre des centres de population civile » en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. « La poursuite de l’occupation met en péril la sécurité de l’État d’Israël, ainsi que sa fibre morale », ont ajouté les pilotes dans leur lettre.
Tous les responsables militaires et politiques sont montés au créneau pour dénoncer cette « opération politique qui n’a rien de moral », selon l’expression du ministre de la Défense, Shaoul Mofaz. Le chef du gouvernement, Ariel Sharon, cité par la radio publique, a affirmé que l’on ne pouvait pas « choisir son programme à la carte au sein de l’armée et que toutes les mesures appropriées seront prises » contre les signataires. Un responsable à la présidence du Conseil a estimé que cette pétition « va provoquer des dégâts pour l’image de marque d’Israël dans le monde et justifier les accusations mensongères des Palestiniens selon lesquels Israël s’attaque à la population civile ». Le général de l’armée de l’air Eliezer Shkedi a affirmé qu’« ils ont exploité cyniquement le prestige de leurs uniformes et leurs carrières à des fins politiques ». Le commandant en chef de l’aviation, le général Dan Haloutz, a assuré qu’il n’y avait pas « d’armée plus morale que l’armée israélienne ». « Il ne faut pas oublier que ces pilotes sont ultraminoritaires », a-t-il ajouté. Dans une lettre aux officiers, il s’en est pris avec véhémence aux signataires qu’il a ni plus ni moins accusés « d’avoir planté un couteau dans le dos des combattants et de la démocratie israéliens ».
Néanmoins à gauche, l’ancien « numéro un » travailliste, le général de réserve Amram Mitzna, a estimé que cette pétition traduisait un malaise profond et que les arguments des contestataires devaient être pris en considération.
Un des pilotes a expliqué au quotidien Yediot Aharonot, sous le sceau de l’anonymat, qu’il avait décidé de signer « avant que le jour arrive où je rentrerai à la maison en sachant que j’ai tué une mère et sa fille ». Un autre signataire a proclamé que son refus de participer à des liquidations lui inspirait plus de fierté que « toutes les opérations de sauvetage (qu’il a) menées ».


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