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IMPRESSION À la colo-lo

Un coup ils pleurent, un coup ils sautent de joie à l’idée de passer quelques jours sans le boulet des parents. Les parents, eux, ils se disent que ça ne peut pas être mauvais de leur permettre de vivre à un autre rythme pour un temps. L’autonomie, tout ça, la discipline du groupe, les jeux collectifs, les horaires réguliers, les nouveaux amis, la difficulté de la séparation qu’on surmonte, la découverte de nouveaux paysages, de nouvelles contrées, un peu de vie sauvage pour faire semblant que c’est la grande aventure…
Mais tout à coup on réalise que, sauvage ou pas, c’est bien la grande aventure, à 6-8 ans, partir comme ça, vers l’inconnu. Et qu’est-ce qui se passe si on se perd, et jusqu’où peut voler un ballon qui s’échappe (parenthèse dans les larmes, mais qui veut tout dire), et à la piscine, comment se doucher, se rhabiller sans être vu, sans que la monitrice vous oublie… Et si on se réveille plus tôt que les autres, comment supporter la solitude du petit matin ? Et le doudou qui sent si bon la maison, on le prend pour se consoler, mais c’est lui qui sera responsable du premier gros chagrin, de la première nostalgie. Et les moniteurs, c’est pas des parents, et quelques jours sans bisous, sans bonne nuit, sans câlins du matin, faut être maso.
On ne le dira jamais assez, mais c’est terrible les veilles de colonies avec les larmes des enfants. On a l’impression de les envoyer de force à quelque camp de réclusion, de les arracher à soi, de soi, malgré soi. Ils ont l’impression d’être des petits Poucet qu’on envoie sans cailloux dans la forêt profonde. C’est alors que surgit le blues des parents. Nuit blanche en perspective, le cœur battant. Et à propos de forêt, avec les incendies de la saison ? Et s’ils se coinçaient dans l’ascenseur de l’hôtel ? Et s’ils se perdaient, que le car partait sans eux ? Et s’ils se noyaient à cette fameuse sortie à la plage ? Et s’ils étaient piqués par quelque insecte malfaisant ? Enlevés par un rôdeur ? Le directeur a demandé leur groupe sanguin… C’est quoi cette précaution ? À l’heure de l’angoisse, on regarde dormir son petit ange et on se sent indigne d’être ses parents. On admire les parents des autres. Voilà bien des courageux ! Mais au fond, on sait bien qu’eux aussi auront leur quart d’heure d’état d’âme, et l’on se sent moins seul dans l’affreux dilemme. On jette un coup d’œil au programme : tant à faire, si peu de temps ! Jamais on n’aurait pu soi-même, et le foot, et le théâtre, et les veillées autour du feu de camp, les ateliers de bricolage, les stages de rappel…
Alors, on se comprend un peu mieux. La curieuse pulsion, il y a deux mois, d’aller les inscrire sans trop y penser puisque c’était encore loin. La fameuse chanson de Pierre Perret sur les jolies colonies de vacances, si terrible pourtant et qu’on poussait en chœur en se tenant les côtes …
Mais oui, alors, pourquoi l’a-t on fait ? Justement, sans doute, pour se prouver qu’on pouvait le faire. Que même l’enfant peut le prendre, ce virage contrôlé. La séparation, il faut s’y faire, à petite dose, comme le poison de Mithridate, pour mieux supporter un jour des séparations plus longues auxquelles il ne sera pas possible de couper. Alors on se la joue fataliste. Les parents aussi doivent apprendre à grandir. Toujours petit Poucet revient, merci papa, merci maman… avec des bottes de sept lieues !

Fifi ABOUDIB
Un coup ils pleurent, un coup ils sautent de joie à l’idée de passer quelques jours sans le boulet des parents. Les parents, eux, ils se disent que ça ne peut pas être mauvais de leur permettre de vivre à un autre rythme pour un temps. L’autonomie, tout ça, la discipline du groupe, les jeux collectifs, les horaires réguliers, les nouveaux amis, la difficulté de la séparation qu’on surmonte, la découverte de nouveaux paysages, de nouvelles contrées, un peu de vie sauvage pour faire semblant que c’est la grande aventure…Mais tout à coup on réalise que, sauvage ou pas, c’est bien la grande aventure, à 6-8 ans, partir comme ça, vers l’inconnu. Et qu’est-ce qui se passe si on se perd, et jusqu’où peut voler un ballon qui s’échappe (parenthèse dans les larmes, mais qui veut tout dire), et à la piscine,...