La révolution sioniste est morte, explique M. Burg, car ses deux piliers, « la soif de justice et une équipe dirigeante soumise à la morale civique », ont disparu. Et c’est d’abord à l’équipe gouvernante que l’ancien président de la Knesset s’en prend. Une équipe qualifiée de « clique corrompue, qui se moque de la morale civique et du droit », et dirigée par un Premier ministre « qui symbolise les deux faces de notre infortune : un homme à la moralité douteuse, jouisseur, faisant fi de la loi et modèle négatif d’identification, le tout combiné avec sa brutalité envers les occupés ».
Face à cette équipe, l’opposition « s’est évanouie », elle est « muette », « aphone ». « Il n’y a tout simplement plus rien à dire. Seuls nos échecs sont retentissants. »
Résultats de ces échecs, une réalité détestable pour M. Burg. Les colonies, des « Arabes humiliés, méprisés, obligés de se traîner sur des routes défoncées et interrompues par des barrages pendant des heures ». Et M. Burg d’enfoncer le clou : « Indifférents au sort des enfants palestiniens, pourquoi sommes-nous surpris de les retrouver un rictus de haine à la bouche, se faisant exploser en martyrs d’Allah là où nous venons pour nos loisirs parce que leur vie est un tourment, dans nos centres commerciaux parce qu’ils n’ont même pas l’espoir de faire, comme nous, des emplettes. Ils versent le sang dans nos restaurants pour nous couper l’appétit. Chez eux à la maison, enfants et parents souffrent de la faim et de l’humiliation. » « Notre vocation est de devenir un modèle, la “lumière des nations”, et nous avons échoué. »
Une réalité qui ne peut pas durer car destructive : « Tout édifice bâti sur l’insensibilité à la souffrance d’autrui est appelé à s’effondrer avec fracas. »
Face à cette situation, M. Burg en appelle à la conscience nationale. « Oui, nous aimerions bien résider (dans le pays de nos ancêtres), nous tout seuls. Mais cela ne marche pas, les Arabes eux aussi ont leurs rêves et leurs besoins. Entre le Jourdain et la mer, c’en est fini de la majorité juive. Tout garder, mes chers concitoyens, comme cela, gratuitement, sans en payer le prix, est chose impossible. De même que croire que nous sommes la seule démocratie du Proche-Orient, parce que nous ne le sommes pas. Sans l’égalité complète pour les Arabes, il n’y a pas de démocratie. »
Et M. Burg de présenter la seule alternative possible qui s’offre aujourd’hui à Israël : « Soit la discrimination ethnique pratiquée par des juifs (plus loin M. Burg parlera du ghetto Kalkilya et du goulag Jénine), soit la démocratie. Ou bien les colonies, ou bien l’espérance pour deux peuples. Ou bien l’illusion d’un rempart de barbelés, des barrages routiers et des kamikazes, ou bien une frontière internationale consentie mutuellement, et Jérusalem capitale commune des deux États. »


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