Épouse aimante, mère exemplaire et amie dévouée, elle restera irremplaçable et nous ne l’oublierons jamais.
Zeina ANDRAOS
Aïda Bacha, ou l’amour
de la langue française
Aïda Bacha est un nom bien connu de la grande famille des professeurs de français au Liban. Elle a formé des générations d’étudiants (au Collège Notre-Dame de Nazareth, au Carmel Saint-Joseph, au Grand Lycée franco-libanais, à l’École des Lettres, à l’Université libanaise...) et a déterminé de nombreuses vocations d’enseignant. Détentrice des Palmes académiques et Première Lauréate de la Dictée de Pivot au Liban, Aïda a surtout fait rayonner jusqu’au bout son amour de la langue et de la littérature françaises et s’est engagée, après sa retraite, dans le bénévolat auprès d’associations comme Anta Akhi et Beitouna.
Pour tous ceux qui l’ont connue, Aïda demeure une personnalité inoubliable. Son enthousiasme, sa verve, son immense culture mais aussi sa rigueur morale, sa générosité de cœur et sa grande disponibilité vont nous manquer irrémédiablement.
Un groupe de professeurs
Voltairienne
Je ne sais quel ton et quel registre utiliser pour parler d’elle. Et surtout pour parler d’elle au passé. Aïda Bacha était elle-même un tel maître dans l’usage de la langue et de ses registres qu’on n’ose penser à ses réactions d’humour ravageur si elle avait eu à lire ces lignes. Cette petite dame aux manières et au parler aristocratiques aurait été un interlocuteur redoutable pour Voltaire et pour Boileau qu’elle citait souvent avec truculence. Elle avait leur impitoyable lucidité et leur redoutable ironie. Comme eux, elle avait un sens décoiffant de la formule et maniait la langue avec gourmandise, ludisme et fantaisie.
Spécialiste de Pascal, parfaite latiniste et maître en linguistique générative, Aïda Bacha était aussi la petite-fille d’un poète de langue arabe et a passé sa jeunesse à Lattaquieh, une ville dont elle avait gardé les subtiles habitudes culinaires. Auditrice complice de Georges Brassens et passionnée de Flaubert, elle lisait également, dans le texte, aussi bien Faulkner et Norman Mailer que les romanciers arabes. Pourtant, son plus grand plaisir fut toujours le pur maniement de la langue de Montaigne et de Racine. Elle consacra sa vie publique à l’enseignement et au partage passionné de la littérature française, faisant à chaque instant de la littérature ce qu’elle ne devrait jamais cesser d’être : une façon d’aimer et de comprendre les hommes. Beaucoup de ses anciens élèves sont pour cela restés ses amis. Et nombreux sont ceux qui ont continué à dialoguer avec elle bien après être passés dans ses classes, à avoir recours à son jugement et à admettre ses cinglants verdicts. Ils la perdent aujourd’hui. Sa mort soudaine les laisse désarmés.
Charif M.


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