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Impression Oh Bartleby!...

Bartleby, une étrange petite nouvelle, comme une parenthèse dans l’œuvre immense de l’auteur de Moby Dick. Comment H. Melville, qui a lancé son héros sur toutes les mers à la poursuite de l’insaisissable Léviathan, a-t-il pu imaginer l’histoire de cet homme immobile – Bartleby –, d’abord employé à la correction dans une imprimerie, puis au dépouillement des lettres mortes dans une poste, et enfin refusant de quitter sa chaise et répétant inlassablement : « Je sais où je suis » (I know where I am).
Sans doute y avait-il une similitude dans la démarche des deux héros, aussi vrai qu’on n’a jamais écrit qu’un seul livre. Du voyageur forcené qu’est Achab et de l’immobile magnifique qu’est Bartleby, quel destin est le plus mouvementé ? À l’heure des grandes transhumances de l’été, quand la chaleur du vent porte à la tête jusqu’à l’insupportable, jusqu’à ce que l’idée de départ résonne comme une urgence, chacun cherche sur les routes son salut. On peut rêver d’aventures extrêmes, et que par la magie de l’été il soit donné de faire tout ce qu’on ne ferait pas dans la vraie vie : marcher sur les toits du monde, survoler des volcans en parapente, partir loin, partir loin… Rejoindre des paradis qui sont toujours ailleurs, chercher le souvenir des matrices éclatées, vivre ce qu’on a à vivre et qui n’est jamais ce que l’on vit. Et puis aller au bout du bout de soi-même pour connaître sa vraie dimension. Est-ce dans l’espace que l’on grandit, est-ce soi-même qui s’étale sur la distance des kilomètres parcourus ? Est-ce dans l’effort, physique, dans l’inconfort qu’on s’inflige, dans l’épuisement au bout duquel on constate, comme pour cette marque de liquide vaisselle que, « quand y en a plus, y en a encore » ? L’été, l’air, le grand air, et l’air ébloui, quelques photos où l’on ne figure jamais puisque prises par soi-même, ironie, alors qu’en définitive on est là pour sa propre histoire, pour en rendre compte devant l’éternité, pouvoir dire « j’y étais », ou peut-être « c’était ma place ».
Trouver sa place, dans ces ailleurs, une aiguille dans une botte de foin, un aiguillon à l’âme. Immanquablement un jour, Bartleby vous rattrape. Il est là dans votre chaise, apaisé. Paix, il vous dit. C’est aussi bien ici et maintenant. C’est aussi bien, aussi fort, aussi grave, aussi courageux qu’un grand départ. Se poser là et regarder l’été mûrir autour, le prendre par la peau comme un soleil du bout du monde, l’imaginer dans ses jambes comme un Himalaya absolu, sentir les parfums qui montent quand tombe le soir et s’écouter germer. Voilà, cette paix, savoir enfin où l’on se trouve, savoir que c’est bien, ne plus rien poursuivre. Qu’est Bartleby sinon un Achab arrivé ? « Oh Bartleby, oh humanity ! »…
Fifi ABOUDIB
Bartleby, une étrange petite nouvelle, comme une parenthèse dans l’œuvre immense de l’auteur de Moby Dick. Comment H. Melville, qui a lancé son héros sur toutes les mers à la poursuite de l’insaisissable Léviathan, a-t-il pu imaginer l’histoire de cet homme immobile – Bartleby –, d’abord employé à la correction dans une imprimerie, puis au dépouillement des lettres mortes dans une poste, et enfin refusant de quitter sa chaise et répétant inlassablement : « Je sais où je suis » (I know where I am).Sans doute y avait-il une similitude dans la démarche des deux héros, aussi vrai qu’on n’a jamais écrit qu’un seul livre. Du voyageur forcené qu’est Achab et de l’immobile magnifique qu’est Bartleby, quel destin est le plus mouvementé ? À l’heure des grandes transhumances de l’été, quand la...