À quelques jours du prologue qui s’élancera samedi de la tour Eiffel, personne ne peut répondre à cette question. Christophe Moreau reste celui sur qui la France peut compter pour accéder au podium. Les autres se contenteraient bien d’une victoire d’étape, les plus jeunes d’une promesse pour l’avenir.
« Sauf circonstances exceptionnelles, je ne vois pas le Français qui pourrait gagner le Tour, assure Hinault, quintuple vainqueur de l’épreuve, la dernière fois il y a 18 ans. Il y a toutefois le moyen de réaliser un bon Tour, de gagner une étape. Surtout de ne jamais se décourager en attaquant souvent. »
Le champion breton ne désigne personne mais il sait bien quels Français peuvent tirer profit du Tour du Centenaire. En premier vient Christophe Moreau dont le printemps n’a été contrarié par aucun ennui de santé, aucune chute. Vainqueur des Quatre Jours de Dunkerque en mai, il a enchaîné avec une cinquième place dans le Critérium du Dauphiné-Libéré en montrant un visage différent. « Il y avait longtemps que je n’avais autant attaqué dans une course et j’y ai pris un grand plaisir, dit-il. Je sais bien que pour faire une place dans le Tour, il faut surtout accompagner les meilleurs en montagne mais je ne m’interdis aucune manœuvre... J’espère seulement échapper à la tension de la première semaine. Je vais même me tenir à l’écart du débat. Avec le prologue puis le contre-la-montre, je trouverai de quoi me motiver avant la montagne. » Les anciens coéquipiers de Christophe Moreau dans l’équipe Festina apparaissent en retrait. Le champion de France Didier Rous (Brioches La Boulangère) n’aura guère l’occasion de s’échapper et en suivant peut espérer intégrer les dix premiers.
« Tout ou rien »
Richard Virenque (Quick Step), son dauphin à Plumelec, espère une victoire d’étape. Même le maillot à pois – ce serait le sixième de sa carrière, soit le record établi par Federico Bahamontes et Lucien Van Impe – semble s’être éloigné.
Enfin Laurent Brochard (AG2r Prévoyance) ne semble pas décidé à envisager un bon classement final en dépit du souhait exprimé par son directeur sportif Vincent Lavenu. Il reste donc les jeunes dont Sylvain Chavanel (Brioches La Boulangère) et Sandy Casar (FDJeux.com) sont les têtes de file. Des deux, Casar semble aujourd’hui le plus apte à se mêler à la lutte des costauds.
Treizième de son premier Tour d’Italie, vainqueur d’une étape du Tour de Suisse, il disputera son deuxième Tour de France.
« Avec Sandy cela va être tout ou rien. Il peut éprouver quelques difficultés après son Giro et je vais le laisser tranquille. Il aura carte blanche et se gérera lui-même. Comme il aime », affirme son directeur sportif Marc Madiot.
« Je ne risque rien avec lui parce que tant qu’il a deux sous de vie il fait la course. Simplement, il fera en fonction de ses moyens. Avec Nicolas Vogondy, ce sera un peu différent. Il est entré dans le Top 20 en 2002 (19e) et peut envisager mieux encore. Si on a de la chance, on peut placer un coureur entre la 10e et la 20e place. Notre objectif majeur sera de gagner une étape, comme l’an dernier avec McGee. Avec Brad, ou avec un de nos sprinteurs Cooke et Casper. Peu m’importe ! » Sylvain Chavanel aborde son troisième Tour dans la difficulté. Dans le championnat de France, il n’a pas paru maître de son sujet et peine à surmonter son chagrin, à se remettre de la mort de son ami Fabrice Salanson. « Nous comptons sur le Tour de France pour nous remettre dans le match. Le championnat de France était une étape importante de notre reconstruction, un point de passage obligé », explique le manager de l’équipe Brioches La Boulangère, Philippe Raimbaud. « C’est vrai que Sylvain n’a jamais été bien au mois de juin mais il a surtout la peine qui le perturbe. Aujourd’hui il a besoin de sourire et d’un peu de bonheur. Seule la course va l’aider. »

