Quand on commence à être d’un âge plus que certain, on se cherche des raisons d’espérer et l’on bat la campagne pour les trouver. Quand on est tenté, comme en ce moment, de désespérer de son pays, on regarde autour de soi, on cherche un petit rayon de soleil...
Aux pires moments de confusion et de résignation, il y a toujours dans notre pays des personnes, souvent inconnues les unes des autres, parfois sans aucune influence sur la vie publique, mais qui perçoivent avec netteté les problèmes qui se posent à leurs compatriotes. Ces personnes ne sont pas au-devant de la scène, ne font pas de déclarations, et ne nous gavent pas d’une stérile phraséologie. Elles portent discrètement les grains de notre civilisation, les sèment par leurs actes et nous rafraîchissent comme la rosée du matin...
Je pensais à tout cela, en sortant de la cérémonie d’inauguration de l’hôpital Saint-Joseph, construit et équipé par une donation de Raymond et Aïda Najjar.
Ce n’est pas chose facile que d’être un mécène, même quand on a beaucoup d’argent et le souci de bien faire. Dans notre monde de petits et grands bourgeois, qui semble voué au laisser-aller et à l’indifférence, combien de fois avons-nous vu l’argent frappé de stérilité du moment qu’il devient un but en soi, sorti de sa fonction de moyen en vue de grandes choses. Le difficile quand on a de l’argent n’est pas de donner. Le difficile ce sont les circonstances : À qui donner ? Comment donner ? Pour quoi faire ? Pour dominer ces circonstances il faut un grand raffinement de l’âme, une simplicité du cœur qui sont en quelque sorte l’amour du prochain. Ce qui fait le mécène, c’est le souci impératif qui le domine : la finalité ultime de son don. Finalité désintéressée, gorgée d’amour et de compassion, sans profit personnel. Et qu’y a-t-il de plus désintéressé que de construire un hôpital parfaitement équipé pour guérir et traiter les Libanais pauvres et riches. Raymond et Aïda Najjar ont investi plusieurs dizaines de millions de dollars pour lutter contre la souffrance. Ils ont offert leur argent comme on offre une fleur... Dans l’ombre ils ont agi, et dans l’humilité ils sont restés.
Que peut-on dans ce monde sans la foi et l’espérance de tels compatriotes ? Ce devoir d’aimer ses semblables et son pays sans retour ? Cet amour des autres qui est en réalité l’amour de sa propre dignité... Cet amour aussi naturel que la vie.
À Raymond et Aïda je dédie cette pensée de Martin Luther King : « Si tu ne peut être sapin au sommet du coteau, sois broussaille dans la vallée, mais sois la meilleure broussaille... Sois étoile si tu ne peux être soleil... En société, qui que tu sois ce n’est point par la taille que tu vaincras, mais par la force de l’amour... l’amour du prochain.


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