Mercredi, 0h30, nuit sans vent. Je ne dormirai pas dans ton lit, je me réfugie sur ma banquette d’appoint, presque dans l’axe du climatiseur. Des lits jumeaux que le tirage au sort a séparés après ta mort, c’est moi qui ai insisté pour hériter de ce dépareillé magnifique. Marqueterie, rebords arrondis, matelas ferme me tendant toujours les bras. Comme toi mon adorée, que je revois dans cette chambre qui réglait le mécanisme de la maison. Tu me tendais les bras de ce lit – pâle comme la fleur mise dans un verre sur la table de chevet, tu les refermais sur ma tête que je posais sur toi. Les morts ne me hantent pas. Je dors mieux dans ton lit, même dans cette nuit sans vent.
Vendredi, 21h. Briseuse de famille. T. raconte et, comme toujours, je me remplis de ce feu qui ne m’a que très peu réchauffée. Je ne te pardonne pas ta bêtise. Je n’ai jamais été impressionnée par le droit d’aînesse, alors je te maudis quand ma bouche mouline des paroles de paix.
Samedi, 22h. Quelque part en plein air de ville, un parc paraît-il. On est au bord du supplément d’âme et une toute petite porte s’est ouverte il y a quelques heures dans ma tête. Derrière elle, une merveilleuse construction, que j’avais pourtant soigneusement détruite, espoir après espoir, crises de larmes après pertes d’appétit, pages de journal entières. Pourquoi, pour voir avec horreur et joie le grand chef-d’œuvre mort debout sur ses pieds, campé dans mes 30 ans comme un drapeau sur un terrain conquis. Te revoilà dans toute ta splendeur, plus beau que dans la pire de mes sales habitudes. J’agite mon foulard blanc. Je me rends toujours. Absence.
Diala GEMAYEL


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