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Violon d’Ingres... Roger Azar, le collectionneur(photo)

Avoir le sens d’une passion, c’est un peu comme avoir le sens des affaires. Il s’agit, là aussi, de prendre des décisions rapides et d’oser des risques calculés. Tel est le cas de Roger Azar, qui porte sur ses 15000 objets de collection le regard d’un homme satisfait qui a fait de bonnes et de belles affaires.

J’ai eu quatre métiers, confesse Roger Azar, banquier, fermier, biotechnicien et minier.» À soixante ans à peine visibles, l’homme des nombreuses affaires réussies vient de prendre sa retraite au Liban. «C’est beaucoup plus sympathique ici !» Une pseudo-retraite tant il est difficile de demander à cet homme, curieux de tout, de s’abandonner à une paresse de l’esprit et du corps. Tant il est surtout impossible de lui demander de détourner son attention de sa grande passion, la collection d’objets d’art.

Tour du monde et tour des affaires
En faisant l’inventaire des lieux où a vécu Roger Azar, c’est un inventaire de ses métiers que nous faisons avec lui. Avare de mots, ce monsieur n’aime pas les explications inutiles mais, généreux de son temps, il nous emmène vers l’essentiel. «J’étais un animal un peu rare!» dira-t-il d’un air presque détaché, en parlant du jeune Libanais qu’il était, débutant dans le secteur bancaire international. Avec la First Boston Corporation puis la Banque arabe et internationale d’investissement (BAII), où il dirigera plusieurs départements, Roger Azar partagera les premières années de sa vie professionnelle entre New York, Londres et Paris.
Mais c’est à Hawaï, en 1979, que le banquier qui devient fermier, sans perdre de vue le sens des affaires qu’il a pointu, est nommé directeur de la Hawaiian Agronomic Company Inc. «Je m’intéressais surtout à l’aspect génétique des plantes, raconte ce passionné à froid. En 1986, après avoir vendu ma société, je suis définitivement rentré à Paris où je me suis associé avec la Compagnie financière de Suez pour créer Clinivest, une société d’investissement dans le secteur de la santé.» Vendue, adjugée dirons-nous, en 1994, «j’ai été entraîné en Afrique pour y donner de l’argent aux entrepreneurs qui pouvaient aider à développer le pays.» En clair, Roger Azar rachète la Compagnie minière du Congo, avec l’aide du gouvernement français. «En 1997, le coup d’État a renversé le régime.» C’est alors qu’il retrouve la France et investit, avec la Compagnie financière Edmond de Rothschild, dans le secteur biotechnique. Le succès de sa réussite? «Je suis le seul à pouvoir faire la règle de trois en quelques secondes!» On ne sait pas trop s’il plaisante.

Quatre métiers mais une passion
«Pour réussir, la discipline est très importante.» Pour tout réussir, sommes-nous tentés de préciser. Car une collection de 15000 pièces, c’est une affaire de passion, mais aussi de discipline. Il faut dénicher, saisir, sélectionner, répertorier, photographier et stocker. «Les objets sont dans des hangars en France; c’est tout une organisation.» Pour Roger Azar collectionneur, les choses ont commencé dans les années 65. «Je m’intéressais alors, à New York, à la sculpture moderne, Arman, Brancuzzi, Giacommetti. Elle m’a intéressé car c’est une œuvre d’art que l’on peut regarder sous différents angles, approcher et toucher.» Avec l’apparition sur le marché international de nombreux objets en provenance du Nigeria, sculptures, bois, bronzes, le virus atteint de plein cœur notre collectionneur. «Je n’ai pas encore trouvé d’antidote!» Et de poursuivre: «Dans l’art africain, tout était à découvrir. J’ai eu des objets qui ont été dans les plus grands musées du monde.» Il a même organisé une exposition, «la plus importante» sur l’art du Nigeria qui a fait le tour des musées espagnols en 1995 et a collaboré dans la publication de trois livres, L’Art Eket Collection Azar en 1979, Nixeria, le catalogue de l’exposition et, enfin, The Arts of the Benue – to the Roots of Traditions. «Je suis persuadé que lorsqu’on collectionne des objets, on acquiert une culture plus solide et plus profonde que celle livresque. Car on s’investit et on investit son argent aussi.» Après toutes ces années d’investigation et d’acquisitions, presque trente ans, M. Azar semble avoir complété sa collection et commence de nouvelles quêtes. «Pour le collectionneur, l’objet le plus important est le dernier qu’il a acheté. Celui-là, il vit avec, jusqu’au prochain.» Puis il le range, le revend ou l’offre, au risque de le voir réapparaître. «J’ai retrouvé un masque africain que j’avais offert à une personne en vente chez Sotheby’s!» On ne sait toujours pas s’il plaisante, mais on a envie de le croire…
Carla HENOUD
Avoir le sens d’une passion, c’est un peu comme avoir le sens des affaires. Il s’agit, là aussi, de prendre des décisions rapides et d’oser des risques calculés. Tel est le cas de Roger Azar, qui porte sur ses 15000 objets de collection le regard d’un homme satisfait qui a fait de bonnes et de belles affaires.J’ai eu quatre métiers, confesse Roger Azar, banquier, fermier, biotechnicien et minier.» À soixante ans à peine visibles, l’homme des nombreuses affaires réussies vient de prendre sa retraite au Liban. «C’est beaucoup plus sympathique ici !» Une pseudo-retraite tant il est difficile de demander à cet homme, curieux de tout, de s’abandonner à une paresse de l’esprit et du corps. Tant il est surtout impossible de lui demander de détourner son attention de sa grande passion, la collection d’objets...