La première exposition de peinture et de sculpture après la guerre s’est ouverte à Bagdad, avec notamment une vingtaine d’œuvres volées dans le Musée d’art moderne, rachetées aux pilleurs par le propriétaire de la galerie Hiwar, Kassem Alsabti, 50 ans. « C’est ma 101e exposition et elle s’appelle “ Salut à Bagdad ”. Je veux saluer cette ville qui restera ce qu’elle a toujours été dans l’histoire : brûlée, pillée mais renaissant toujours de ses cendres. Nous sommes sûrs que Bagdad se relèvera à nouveau », explique-t-il, faisant allusion notamment aux Mongols conduits par Houlagou, arrière-petit-fils de Gengis Khan, qui a pillé et incendié la ville en 1258.
« 39 peintres et sculpteurs de toutes les générations sont présents, chacun avec une œuvre nouvelle réalisée après la guerre. En outre, figurent aussi les tableaux et sculptures d’une vingtaine d’artistes célèbres, volés du Centre Saddam pour les arts et que la galerie a rachetés aux maraudeurs pour 6 200 dollars », ajoute-t-il. Le proprio de la galerie se dépêche d’ajouter que « ces œuvres seront ensuite restituées au futur Musée d’art moderne ». L’ancien musée ayant été totalement incendié après la chute du régime de Saddam Hussein,
Alsabti propose d’établir le nouveau dans l’ancien club des officiers supérieurs, non loin de chez lui. Il essaie de passer outre les polémiques de l’après-guerre entre les artistes ayant collaboré avec le régime et ceux au contraire qui ont payé cher leur indépendance d’esprit. Beaucoup ne se parlent plus et certains s’accusent d’avoir été des mouchards de la sinistre police secrète. La majorité de la vingtaine de galeries de Bagdad a rouvert mais l’exposition organisée par M. Alsabti est la première depuis la fin de la guerre. Les ambassades et les journalistes ont été invités mais pas les responsables des forces occupantes.
La villa de Alsabti est un haut lieu culturel de la capitale irakienne depuis son ouverture en 1994, car, outre les 100 expositions présentées jusqu’à la guerre, elle accueille des artistes et des intellectuels qui viennent deviser, potiner et parfois se quereller dans son jardin ombragé. « Nous voulons maintenant établir un comité irakien chargé de protéger les biens culturels et artistiques dont la première tâche sera de retrouver les œuvres volées », conclut le galeriste.


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