Les Américains progressent méthodiquement dans leur chasse aux responsables du régime irakien déchu, figurés dans un jeu de cartes, mais il leur manque toujours l’atout maître, Saddam Hussein. Le Congrès national irakien (CNI) pense que Saddam Hussein, le numéro un sur la liste des 55 Irakiens les plus recherchés par les États-Unis et l’« as de pique » dans le jeu de cartes du Pentagone, a été vu pour la dernière fois il y a quatre jours en Irak. Mais le Commandement central américain (Centcom) indique n’avoir aucun renseignement « crédible » en ce sens. Saddam Hussein aurait aussi été vu à Bagdad, le 9 avril, jour où la capitale est tombée aux mains des Américains et deux jours après le bombardement sur un quartier résidentiel où il était supposé se trouver. Une bande vidéo censée avoir été tournée le même jour le montre au milieu d’une foule de partisans. Des Irakiens affirment qu’il a subi une opération de chirurgie esthétique à Kirkouk, dans le nord de l’Irak. Il pourrait aussi être en train de parcourir l’Irak dans un luxueux camping-car, le Bluebird Wanderlodge 79, pour lequel sa passion est établie. Un Irakien de Balad, à huit kilomètres au nord de Bagdad, est persuadé que Saddam Hussein et son cousin germain Ali Hassan al-Majid, dit Ali le Chimique, sont blessés et se cachent tout près. « Ils sont blessés et sont allés voir un médecin. Ils se cachent avec cheikh Faisoh Jenabi près de l’entrée numéro trois », affirme-t-il sans plus d’explication. Ali Hassan al-Majid, qui figure sur la liste américaine, a été tué dans un bombardement à Bassora. Un autre Irakien rencontré à l’hôtel Palestine, qui abrite journalistes et QG américain à Bagdad, affirme : « Saddam est à Kirkouk où il s’est fait refaire le nez et la bouche, je le sais parce qu’un ami me l’a dit. » Jusqu’à présent, huit des 55 responsables recherchés de l’ancien régime – tous inscrits sur la liste du Centcom – ont été capturés. Parmi eux, le plus gradé est le numéro 18 (dame de pique), Mohammed Hamza Zoubeidi, du Conseil de commandement de la révolution (CCR). Le moins gradé, le numéro 55, est le général Amer Hassan as-Saadi, conseiller scientifique de Saddam Hussein. Ont aussi été arrêtés Jamal Moustafa Abdallah (un gendre de l’ex-président), Samir al-Aziz al-Najm (chef du commandement régional du parti Baas pour la région est de Bagdad), Hekmat Ibrahim al-Azzaoui (vice-Premier ministre et ministre des Finances) et Homam Abdel Khalek Abdel Ghafour (ministre de l’Enseignement et de la Recherche scientifique). Deux demi-frères de Saddam Hussein figurent aussi parmi les prises américaines : Barzan Ibrahim Hassan al-Tikriti (conseiller) et son frère, Watban Ibrahim Hassan (conseiller). La traque de Saddam Hussein commence à prendre les mêmes proportions que celle d’Oussama Ben Laden, le chef du réseau terroriste el-Qaëda, même si les Américains n’ont offert que 200 000 dollars pour la capture du président déchu. Bien moins que les 25 millions promis pour retrouver Ben Laden mort ou vif. L’offre, faite il y a cinq jours, attire toutefois la foule à l’hôtel Palestine, selon le sergent Thomas Saunders. « Le premier jour, j’ai traité avec 400 à 500 personnes », affirme-t-il, ajoutant que maintenant il se contente de les renvoyer chez eux. « Quelqu’un a prétendu être le cousin de Saddam. Il ne l’était pas mais nous l’avons tout de même mis avec les autres prisonniers. Tout le monde sait où ils se cachent, où sont leurs proches et les armes chimiques. Mais ce ne sont que des bêtises », poursuit-il. Selon Talib Zangana des Forces des Irakiens libres, des Irakiens en exil entraînés aux États-Unis et liés au CNI, la plupart des ex-dirigeants, ont trouvé refuge en Syrie, ne laissant derrière eux que le vice-Premier ministre Tarek Aziz pour donner le change. Jamal Moustafa Abdallah a négocié sa reddition depuis la Syrie, et Watban Ibrahim Hassan a été arrêté à la frontière irako-syrienne, soutient-il. « C’est là (en Syrie) qu’ils se trouvent et ce sera une vraie gifle si les Américains n’arrivent pas à l’arrêter (Saddam Hussein). Ce sera comme Ben Laden », dit-il.
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