« Et la Nuit devint une puissante matrice de révélation, où les dieux rentrèrent et s’assoupirent pour resurgir transformés, pleins de gloire, au monde rénové. » Novalis, Hymnes à la Nuit, 1800. Mercredi, 19h30. Ça fait un petit moment que j’y pense. Je tourne autour du pot. Je sais, mais je sais pas trop. J’entends les encouragements, rien ne te force, c’est clair, moi je crois que tu peux maintenant et, de toute manière, je suis là. OK, OK. Les beaux jours aussi sont là, les petits tee-shirts, les gens sont gentils, même au boulot, il y en a certains qui sourient plus que d’habitude et moi, moi, ces temps-ci, je me sens vraiment bien. J’ai bien envie de poser quelques petites questions. Juste pour être sûre. Derrière la fenêtre, ce petit vent qui annonce l’été. Tu es certaine ? Je ne vais pas me retrouver en pièces détachées ? Ah, bon. Non, si tu le dis. Cigarette. Elle parle, avec un débit légèrement plus cadencé que la normale. Mais c’est surtout pour ça, seulement je ne veux pas tomber dedans, c’est tout. Tu as raison. Le mieux, c’est de se lancer. Vendredi, minuit. J’ai pas faim, j’ai soif. Des yeux sont posés sur moi, les bougies dansent. Je cherche, je cherche. Je m’accoude sur un matelas que je connais bien pourtant, mais je crois que c’est mon coude qui n’est plus le même. Je me lève, ça ne me ressemble pas, mais j’ai besoin d’un miroir. On m’embrasse gentiment dans le couloir. Je me regarde longuement, devant une porte fermée. Mes oreilles. C’est ce que je cherche dans le reflet. Rien. J’ai soif. J’attends. Un rythme me ramène dans la pièce principale. Pieds qui bougent, manteaux posés en vrac. Papiers, canettes et des objets remplis d’une douceur que je ne leur connais pas. Les yeux reprennent leur chemin vers moi. Une main dans mes cheveux. Je retrouve ma place. C’est long, tout de même. Je me décide à dire oui. Je suis là, tous ceux que je connais et quelques-uns que j’aime sont là. Les téléphones s’agitent dans des mains. Des mains s’emparent de nouveaux verres, on m’en tend un. La tension vers l’extérieur galope vers nous. Je me remplis de la vie de cette pièce, je passe la porte. Tout est alors si grand. L’air tiède me bouleverse, je marche avec d’autres jambes. Je suis dans le ventre de ma mère. Tout y était absolu. Comment sortir l’absolu de soi, même à des proches ? On roule, je parle. De quoi. J’aimerais que tu sois avec moi dans le ventre de ma mère. Je tape ça sur mon téléphone, je m’en souviens très bien et je ne vois pas pourquoi trop de sentiment serait ridicule. Je m’offre cette parenthèse. On verra bien demain. Le ventre de ma mère, avec des effluves sans nom, sans d’autre repère qu’un visage au regard parfait de part et d’autre de mes oreilles. Diala GEMAYELGEMAYEL
« Et la Nuit devint une puissante matrice de révélation, où les dieux rentrèrent et s’assoupirent pour resurgir transformés, pleins de gloire, au monde rénové. » Novalis, Hymnes à la Nuit, 1800. Mercredi, 19h30. Ça fait un petit moment que j’y pense. Je tourne autour du pot. Je sais, mais je sais pas trop. J’entends les encouragements, rien ne te force, c’est clair, moi je crois que tu peux maintenant et, de toute manière, je suis là. OK, OK. Les beaux jours aussi sont là, les petits tee-shirts, les gens sont gentils, même au boulot, il y en a certains qui sourient plus que d’habitude et moi, moi, ces temps-ci, je me sens vraiment bien. J’ai bien envie de poser quelques petites questions. Juste pour être sûre. Derrière la fenêtre, ce petit vent qui annonce l’été. Tu es certaine ? Je ne vais pas me...
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