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Cash-misère

On attendait les meutes de loups que l’on s’apprêtait à accueillir, c’est selon, sous des pluies de bonbons ou de grenades. Mais ce sont les sauterelles qui, par nuées, encombrent les rues de Bagdad, Bassora et Mossoul et aussi la quasi-intégralité de l’espace médiatique. Dans un monde arabe où les symboles pèsent bien plus lourd que le bronze, le déboulonnage dans la liesse des statues de Saddam Hussein fut incontestablement un de ces grands moments dont l’image restera imprimée dans la mémoire des peuples. À plus d’un titre en revanche, les scènes de pillage retransmises en continu par les chaînes de télévision sont choquantes et atterrantes ; peut-être, cependant, ont-elles le triste mérite de réunir, dans une même et inquiète interrogation, ceux qui se sont élevés contre cette guerre montée de toutes pièces et ceux qui, au contraire, applaudissaient à l’assaut américain contre la terrible dictature de Bagdad. Les mises à sac d’édifices publics, écoles, universités, hôpitaux, musées, de magasins et d’hôtels, est-ce donc cela l’ordre américain apporté à l’Irak ? N’aurait-on donc abattu la tyrannie que pour livrer pour quelque temps le pays à l’anarchie ? Et la liberté promise aux Irakiens devait-elle nécessairement commencer par celle de chaparder dans une joyeuse pagaille, ou parfois dans un déchaînement de violence, tout ce qui pouvait tomber sous leur main, du vulgaire robinet jusqu’à la couveuse de maternité ? Ces désordres, la Maison-Blanche faisait savoir hier qu’elle ne les excuse pas, mais qu’elle les « comprend ». Nous faut-il à notre tour comprendre que l’instinct de la razzia est si profondément enraciné dans l’âme arabe que ce qui se passe actuellement dans les cités irakiennes est somme toute normal ? Faut-il constater que l’anarchie ambiante est la conséquence logique du soudain effondrement d’un système centralisé à l’extrême, et donc voué à partir en fumée dès lors qu’était rompue la chaîne de commandement ? Ou bien faut-il croire que pour les stratèges de Washington, il peut être bon de laisser se propager la terreur du vide, de laisser cuire les Irakiens dans ce jus de racaille, le temps que le proconsul yankee Jay Garner daigne élire domicile dans sa province, que se déploient les unités appelées à faire la police, que la population unanime réclame l’ombrelle impériale en scandant God Bless America ? Condoleezza Rice, qui aime les bons comptes, a déjà prévenu que les États-Unis, qui ont versé leur sang pour l’Irak, sont naturellement désignés pour en régenter en maîtres la juteuse reconstruction. On lui saura gré d’avoir rappelé au monde entier qu’après tout, le pillage n’est pas le propre des seuls bédouins. Et que ce vieux forban d’Oncle Sam préfère être payé en liquide. Jailli tout droit, tout noir, des derricks. Issa GORAIEB
On attendait les meutes de loups que l’on s’apprêtait à accueillir, c’est selon, sous des pluies de bonbons ou de grenades. Mais ce sont les sauterelles qui, par nuées, encombrent les rues de Bagdad, Bassora et Mossoul et aussi la quasi-intégralité de l’espace médiatique. Dans un monde arabe où les symboles pèsent bien plus lourd que le bronze, le déboulonnage dans la liesse des statues de Saddam Hussein fut incontestablement un de ces grands moments dont l’image restera imprimée dans la mémoire des peuples. À plus d’un titre en revanche, les scènes de pillage retransmises en continu par les chaînes de télévision sont choquantes et atterrantes ; peut-être, cependant, ont-elles le triste mérite de réunir, dans une même et inquiète interrogation, ceux qui se sont élevés contre cette guerre montée de...