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Bagdad, de l’âge d’or aux malheurs en cascade

Peu de capitales ou de grandes villes ont autant souffert que Bagdad au cours des siècles: conquérants cruels ou brutaux, incendies gigantesques, inondations dévastatrices, épidémies, rien n’a été épargné à cette ville qui symbolise l’âge d’or de la civilisation arabe. Bagdad, dont l’existence est avérée dès l’époque du roi babylonien Hammourabi (1800 av. J-C), a été véritablement fondée au VIIIe siècle sur les deux rives du Tigre par le second calife abbasside al-Mansour qui, ironie de l’histoire, la baptise « madinat as-salam » (cité de la paix). Certains chercheurs pensent que le mot vient de l’araméen beyt kadad (l’enclos de mouton), tandis que d’autres affirment que l’origine du nom est iranienne : bag voulant dire Dieu et dad le don. Le site de Bagdad a manifestement été retenu pour sa position stratégique car il était placé sur la route la plus utilisée entre la Perse et la Méditerranée ou avec l’Anatolie. L’Euphrate, à quelques dizaines de km à l’ouest, est également accessible par voie navigable. Très rapidement, la ville, dont certains auteurs assureront qu’elle est construite sur l’emplacement du jardin d’Éden, devient la métropole économique, intellectuelle et artistique du monde musulman. Cent mille ouvriers et les meilleurs architectes et artisans du monde islamique commencent en 762 à ériger de somptueux palais, des jardins féeriques et de magnifiques mosquées. En dépit de difficultés conjoncturelles et de la rivalité de Samarra, à une centaine de km au nord, Bagdad, sous l’impulsion de califes éclairés, devient la première ville commerciale de son temps et ne cesse de se développer. Sous le califat d’al-Mamoun (813-833), la science et la culture sont particulièrement encouragées et un centre de traduction, Dar al-hikma (Maison de la sagesse) est créé, grâce auquel de nombreux manuscrits grecs disparus sont parvenus en version arabe. Le rayonnement de la ville dépasse largement les frontières du monde musulman. Mais alors que la population compte plus d’un million d’habitants, le déclin commence alors que s’achève le premier millénaire. Les rivalités entre sunnites et chiites, un climat d’insécurité croissant et des incendies et des inondations répétées dues aux caprices d’un Tigre difficilement maîtrisable provoquent d’immenses dégâts dans la capitale abbasside. Le 10 février 1258, les Mongols donnent le coup de grâce. Au XIVe siècle, les géographes en parlent comme d’une ville en ruine. Passée alternativement sous contrôle turc et persan puis, à partir de 1638 jusqu’en 1917, sous domination ottomane, Bagdad ne s’est jamais vraiment relevée durant ces longs siècles de déclin. Le 11 mars 1917, les troupes britanniques, où l’élément indien domine largement, entrent à Bagdad. Elles resteront en Irak jusqu’à la signature du Traité anglo-irakien de juin 1930 qui reconnaît l’indépendance de l’Irak.
Peu de capitales ou de grandes villes ont autant souffert que Bagdad au cours des siècles: conquérants cruels ou brutaux, incendies gigantesques, inondations dévastatrices, épidémies, rien n’a été épargné à cette ville qui symbolise l’âge d’or de la civilisation arabe. Bagdad, dont l’existence est avérée dès l’époque du roi babylonien Hammourabi (1800 av. J-C), a été véritablement fondée au VIIIe siècle sur les deux rives du Tigre par le second calife abbasside al-Mansour qui, ironie de l’histoire, la baptise « madinat as-salam » (cité de la paix). Certains chercheurs pensent que le mot vient de l’araméen beyt kadad (l’enclos de mouton), tandis que d’autres affirment que l’origine du nom est iranienne : bag voulant dire Dieu et dad le don. Le site de Bagdad a manifestement été retenu pour sa...