Alors que les combats font rage entre la coalition américano-britannique et les forces irakiennes, la guerre de propagande prend de l’ampleur pour saper le moral de l’ennemi et consolider le soutien de l’opinion publique. Principal enjeu jusqu’à présent, les prisonniers de guerre. Les Anglo-Américains, qui assuraient avant le début du conflit que des unités entières de l’armée irakienne pourraient déposer les armes, ont largement diffusé les premières images de dizaines de militaires irakiens se rendant à leurs troupes, les mains en l’air. Au total, selon le commandement central au Qatar, quelque 2 000 Irakiens se sont ainsi rendus. Mais dimanche, après l’embuscade d’un convoi de ravitaillement dans la région de Nassiriyah (Sud), les Irakiens ont réalisé un « coup » avec la diffusion d’images de Marines américains tués ou prisonniers de guerre. L’aspect très controversé de ces images, avec notamment un soldat blessé au flanc tourné brutalement vers la caméra, pourrait toutefois s’avérer à double tranchant. Hier, les Irakiens diffusaient les images d’un hélicoptère d’attaque Apache posé dans un champ, les casques des deux membres d’équipage à ses côtés, affirmant que deux appareils de ce type, les plus modernes de l’armée américaine, avaient été abattus à Kerbala, à quelque 80 kilomètres au sud de Bagdad. Et pour bien montrer que c’est tout un peuple qui se dresse contre « l’envahisseur », la télévision d’État irakienne a affirmé que l’appareil avait été abattu au fusil par un vieil homme, « vaillant combattant, le paysan Ali Obeid de Kerbala ». Le commandement central américain a reconnu la perte d’un Apache, sans donner de précisions sur le sort de l’équipage. Depuis la frappe sur Bagdad destinée à « décapiter » le régime et qui a lancé le conflit, responsables américains et britanniques laissaient par ailleurs entendre que le président irakien Saddam Hussein était peut-être mort ou blessé. Mais hier, le raïs irakien est apparu sur les écrans irakiens, promettant la victoire et félicitant ses troupes pour leur résistance, notamment à Oum Qasr, dans le sud de l’Irak, où les combats se poursuivent depuis quatre jours. Sans surprise, Washington a immédiatement émis des doutes sur l’authenticité du discours. Reste que sur le terrain, la résistance des Irakiens, qui ont adopté des tactiques de harcèlement, a visiblement ralenti et surpris les Anglo-Américains, bien que leur commandement s’en défende. Sur le front rhétorique, les ennemis s’en donnent à cœur joie, Saddam Hussein appelant régulièrement à « égorger » les « mercenaires », les Anglo-Américains rétorquant qu’ils ne sont là que pour « libérer » l’Irak d’un « régime criminel ». Chacun s’accuse par ailleurs de « crimes de guerre », les Irakiens pour évoquer les bombardements sur Bagdad, Américains et Britanniques pour dénoncer le traitement des prisonniers ou l’utilisation présumée de « boucliers humains ». Si l’opération de propagande américaine fonctionne plutôt bien sur le front intérieur, Anthony Pratkanis, professeur de psychologie à l’Université de Californie, cité par le Washington Post, estime néanmoins que « l’Amérique est en train de perdre la guerre de la communication, les Américains n’ayant jamais été aussi mal vus à l’étranger », comme en témoigne la multiplication de manifestations antiguerre.
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