Passé l’âge des colliers de pâtes, des farandoles de papier et des boîtes à camembert tapissées de feutrine pour y coucher son cœur, voici venu le temps des poèmes. Marie a huit ans. Marie a écrit un poème pour sa maman. Il commence comme ça : « Ma maman, c’est ma maman »... et il s’arrête là. Qu’y a-t-il d’autre à dire ? Les enfants le savent : tout le reste n’est que littérature, et tous les mots d’amour sont superflus. D’ailleurs, les mères, on n’est pas obligé de les aimer. Pour aimer, il faut du recul, une certaine distance, reconnaître que l’autre est un autre, aller vers lui avec des tentacules prudentes de mots et de caresses, et de regards. Les mères, on les porte en soi, on n’a jamais fini de se débarrasser de leur adhérence ou de leur béance. Les mères, on a traversé à la nage leurs mers intérieures, connu leurs houles secrètes, leurs orages intimes, leur plénitude de nous quand elles nous comprenaient dans leurs limbes. Et puis il a fallu continuer à sec, compter avec la pesanteur, toutes les pesanteurs, désapprendre à être porté. Alors voilà, il y a toujours comme un fond de tristesse dans cette fête des mères qui coïncide chez nous avec le printemps. Comme la consécration d’une séparation, la commémoration d’un deuil jamais digéré. Une célébration dictée par un consensus collectif, alors qu’elle touche au plus intime, au viscéral, à l’alimentaire, à l’animal. Je connais des mères (je pense à toi, Carla), qui, ce jour-là, fêtent les enfants et les hommes qui les ont faites mères. Ceux qui leur ont appris à vivre séparées de leur chair, de toute cette « viande » (je pense à toi, Mona) qui croît et se développe en dehors d’elles. Qui leur ont appris que l’amour des mères est cette passion qu’on développe comme une force désespérée pour couvrir la distance qui se creuse à mesure que l’enfant sent ses ailes. Tu as raison, Marie si petite, ça ne se dit pas, « maman je t’aime », ou alors, de vraiment loin ! Fifi ABOUDIB
Passé l’âge des colliers de pâtes, des farandoles de papier et des boîtes à camembert tapissées de feutrine pour y coucher son cœur, voici venu le temps des poèmes. Marie a huit ans. Marie a écrit un poème pour sa maman. Il commence comme ça : « Ma maman, c’est ma maman »... et il s’arrête là. Qu’y a-t-il d’autre à dire ? Les enfants le savent : tout le reste n’est que littérature, et tous les mots d’amour sont superflus. D’ailleurs, les mères, on n’est pas obligé de les aimer. Pour aimer, il faut du recul, une certaine distance, reconnaître que l’autre est un autre, aller vers lui avec des tentacules prudentes de mots et de caresses, et de regards. Les mères, on les porte en soi, on n’a jamais fini de se débarrasser de leur adhérence ou de leur béance. Les mères, on a traversé à la...
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