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Actualités

IMPRESSION Le bon signe

Aux fenêtres des autocars, tous ces bouquets pour la maîtresse. La fête des profs, une trêve dans l’austérité des jours. Un jour pour dire merci, même si on ne sait pas toujours de quoi. Toutes ces contraintes, les devoirs, les leçons, les corrections dont rougissent les pages, les notes qui chutent parfois, le cœur avec, les réveils matinaux, les yeux, les oreilles encore en rêve et la voix ferme, la voix debout qui exige qu’on la suive. «Suivez!», dit la voix, d’ailleurs, c’est maman qui a acheté les fleurs. Enseigner: faire connaître par un signe. C’est tout le mystère de ce métier pas comme les autres, ce signe par lequel un savoir se transmet de professeur à élève, d’un adulte à un enfant. Encore faut-il trouver le bon signe. Celui qui déclenche l’intérêt. Dans l’espace clos de la classe, le tableau est la seule fenêtre qu’il soit permis de regarder. Sur le tableau, le parfum des fleurs, la fraîcheur du jour, les points cardinaux, les lettres qui disent les mots, les chiffres qui quantifient le réel, toute l’existence détournée dans un crissement de craie, enfermée dans le cadre vert sombre, contrainte à marquer les intelligences neuves avant de tomber en poudre blanche au pied du mur. Mais où trouver dans la sécheresse des matières, dans ce monologue, souvent, puisque le maître n’a d’autre choix que de parler seul, étant seul détenteur de l’information à transmettre, où trouver dans la masse de ce langage étrange, qui ne dit rien avec les mots de tous les jours, ces mots qu’on se dit et qui nous disent, où trouver le signe clair qui ouvrira une fenêtre au cœur, la seule qui ait accès à la mémoire ? Combien de professeurs ont-ils connu ce moment de grâce parfois si éphémère où la classe entière irradie du bonheur d’avoir compris et en réclame davantage. Combien de professeurs ont-ils le pouvoir de marquer une vie d’élève ? Un ou deux tout au plus. Ceux-là auront compris que l’école ne peut être que buissonnière. Entre les quatre murs de la classe, quatre murs à l’abri du tumulte et du temps, on est embarqué pour une grande évasion. Sur les fleuves bleus des cartes, dans le grand fracas de l’histoire, au fil sinueux des lettres et des vecteurs, du haut de son estrade un timonier vous a un jour montré des rives incroyables, créé le désir d’y aller même à la rame, calmé en vous toute velléité de mutinerie et de sabordage. C’est pourquoi, à chaque fête des profs, c’est vous qui allez aux fleurs. Les enfants comprendront plus tard. Fifi ABOUDIB
Aux fenêtres des autocars, tous ces bouquets pour la maîtresse. La fête des profs, une trêve dans l’austérité des jours. Un jour pour dire merci, même si on ne sait pas toujours de quoi. Toutes ces contraintes, les devoirs, les leçons, les corrections dont rougissent les pages, les notes qui chutent parfois, le cœur avec, les réveils matinaux, les yeux, les oreilles encore en rêve et la voix ferme, la voix debout qui exige qu’on la suive. «Suivez!», dit la voix, d’ailleurs, c’est maman qui a acheté les fleurs. Enseigner: faire connaître par un signe. C’est tout le mystère de ce métier pas comme les autres, ce signe par lequel un savoir se transmet de professeur à élève, d’un adulte à un enfant. Encore faut-il trouver le bon signe. Celui qui déclenche l’intérêt. Dans l’espace clos de la classe, le...