Après la pluie, le beau temps. C’était le cas hier sur tous les plans. Après les orages d’un manifeste épiscopal, l’embellie du dernier communiqué des prélats maronites. Qui ont applaudi à tout rompre le discours de Bachar el-Assad à Charm el-Cheikh, pour « sa sagesse et sa clairvoyance. » Au nom d’une lutte commune contre la guerre qui menace l’Irak (et la région), au nom de l’autre priorité partagée que constitue le péril israélien, Bkerké et Damas amorcent une remarquable détente relationnelle. En échangeant les appréciations réciproques. Ainsi le siège patriarcal a exprimé de la satisfaction (et de l’espoir) à la suite du redéploiement syrien au Nord. Tandis que le président Assad communiquait à ses récents visiteurs libanais sa totale approbation des positions du Vatican comme de Mgr Nasrallah Sfeir à l’égard de la question irakienne et de la Palestine. Ajoutant, pour faire bonne mesure, qu’il voue un respect profond à la personne du patriarche maronite. Ce renvoi mutuel de compliments, pour ne pas dire d’ascenseur, ne va pas encore jusqu’aux retrouvailles effectives. Il ne semble pas, pour tout dire, qu’il soit question d’une prochaine visite du cardinal à Damas, pour remplacer le voyage qu’il devait effectuer demain aux États-Unis et qu’il a reporté. Le climat s’est amélioré, mais il n’est pas encore vraiment festif. Ainsi des sources proches de Bkerké dévoilent qu’il y a de quoi être un peu étonné des réactions suscitées par les positions de Mgr Sfeir. Pour ces témoins en effet, c’est un peu tard que l’on s’aperçoit du sincère nationalisme, comme de la cohérence de pensée, du prélat. Toujours attaché aux constantes, disent ces cadres, il n’a jamais cessé de défendre une même ligne de fond, surtout aux moments cruciaux. Dans cet esprit, il avait fait des pieds et des mains pour que la guerre prenne fin. En faisant passer Taëf à l’Est, ce qui a tout simplement permis à ce document vital, ou survital, de voir le jour. Sans son approbation, en effet, il est douteux que les députés chrétiens présents à Taëf eussent accepté de signer. Ces mêmes sources rappellent ensuite qu’à de rares exceptions près même, les adversaires de Bkerké ont toujours admis qu’il constituait un recours national. Un statut indéniable du reste pour l’ensemble des pôles islamiques du pays. Le regretté Mohsen Slim, qui fut député chiite, affirmait même que Bkerké est le recours des recours, l’instance suprême pour tous les enfants de ce pays. Une devise particulièrement mise en exergue ces jours-ci. C’est en effet à l’unanimité que l’on applaudit les positions de Bkerké, comme du pape Jean-Paul II, en ce qui concerne l’Irak. L’intervention du Saint-Père, convient-on, a considérablement renforcé le camp des pacifistes face aux visées guerrières des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Le pape a envoyé à Bush un émissaire que la Maison-Blanche, à cause de l’immense autorité morale du souverain pontife, n’a pu refuser de recevoir. Au Liban, le patriarche Sfeir n’a eu de cesse de défendre la paix dans ses sermons comme dans ses déclarations. Par suite de quoi, il a eu droit à des salutations syriennes, discrètes mais certaines, transmises par des députés qui ont visité récemment Damas. Ces traits d’union ont été chargés de dire à Mgr Sfeir qu’on voit désormais en lui non seulement un nationaliste libanais mais aussi un pur Arabe. Ajoutant, dans ce message, que le redéploiement au Nord doit être considéré comme un geste positif à l’égard du camp chrétien. Et comme une initiative destinée, notamment, à alléger les pressions (ou les appréhensions) que Bkerké pourrait ressentir. Bien évidemment l’éclaircie entre Bkerké et Damas contribue à renforcer également la détente sur le plan politique intérieur. Où les différents protagonistes conviennent d’une trêve tacite, mettant de côté les sujets qui fâchent pour favoriser l’unité des rangs autour des positions officielles du Liban. Cela, en attendant un éventuel dialogue général suivi d’une vraie réconciliation nationale. À la lumière des positions de Bkerké qui ne s’inspirent jamais d’un esprit de partage du gâteau, mais de l’intérêt supérieur du pays. Cependant, la perspective d’un règlement global sur le plan intérieur, d’un accord entre l’opposition et les loyalistes paraît liée aux développements dans la région. Et au bon vouloir du pouvoir. Philippe ABI-AKL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Après la pluie, le beau temps. C’était le cas hier sur tous les plans. Après les orages d’un manifeste épiscopal, l’embellie du dernier communiqué des prélats maronites. Qui ont applaudi à tout rompre le discours de Bachar el-Assad à Charm el-Cheikh, pour « sa sagesse et sa clairvoyance. » Au nom d’une lutte commune contre la guerre qui menace l’Irak (et la région), au nom de l’autre priorité partagée que constitue le péril israélien, Bkerké et Damas amorcent une remarquable détente relationnelle. En échangeant les appréciations réciproques. Ainsi le siège patriarcal a exprimé de la satisfaction (et de l’espoir) à la suite du redéploiement syrien au Nord. Tandis que le président Assad communiquait à ses récents visiteurs libanais sa totale approbation des positions du Vatican comme de Mgr...