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Paris, Alger et la mémoire

Cette année sera décidément celle de la mémoire, celle où les peuples osent enfin affronter leur passé. Il y a quelques mois, on célébrait le 40e anniversaire du traité de l’Élysée scellant la réconciliation entre l’Allemagne et la France. Aujourd’hui, c’est au tour de Paris et d’Alger d’affronter enfin leur histoire commune. Longtemps, les deux pays ont refoulé le souvenir de la guerre d’indépendance. Les milliers de soldats morts au front ; la pratique de la torture sur laquelle le voile commence petit à petit à être levé ; le massacre des harkis ; le déracinement des pieds-noirs, les déplacements de population en Algérie. Un passé lourd, très lourd qui pèse depuis 40 ans sur les relations franco-algériennes. Un passé que l’on a voulu enterrer, refouler, mais qui régulièrement venait frapper à la porte de la mémoire des Français et des Algériens. On fait souvent référence au traitement de la guerre du Vietnam par les Américains pour mettre en exergue la capacité de ces derniers à affronter leur passé et à faire éventuellement leur mea culpa, notamment au travers d’œuvres cinématographiques. Mais Paris et Alger, ce n’est pas Washington et Hanoï. Entre la France et l’Algérie, il y a quelque chose en plus, une dose de passion. Et la passion rend plus longue la cicatrisation. Côté algérien, on a voulu fermer le pays fraîchement indépendant à l’influence de l’ancien colonisateur. Côté français, on a voulu oublier la perte de ce que beaucoup considéraient comme le joyau de l’empire colonial. L’oubli, les deux parties l’ont d’autant plus cherché qu’à la guerre « traditionnelle » s’étaient greffés des conflits civils entre Français et entre Algériens. Symbole de la difficulté des deux pays à affronter leur histoire commune, il aura fallu plus de 40 ans pour qu’un président français, en l’occurence Jacques Chirac, se rende en visite d’État en Algérie. Quarante ans. Deux générations. Il aura également fallu une Algérie en partie apaisée. Une Algérie qui commence à respirer après onze ans de guerre civile. Des premières bouffées d’oxygène qui doivent certes encore être purifiées. Si la Casbah ne résonne plus des cris des victimes de la terreur, les zones rurales isolées comptent toujours quotidiennement leurs morts. La Kabylie se calme, mais les problèmes de fond demeurent. Et la démocratie, les droits de l’homme, encore trop bafoués. « Le plus dur est passé », déclarait pourtant récemment Cheb Mami. Si cette étoile du raï, contraint à dix ans d’exil y croit, alors l’espoir est permis. L’espoir est même nécessaire. Reste maintenant à reconstruire une histoire commune. Une histoire plus dense que les demandes de visa adressées au président français par les jeunes Algériens subissant de plein fouet une terrible crise économique. Une histoire commune qui permettra aux immigrés algériens de France de se dépêtrer dans leurs problèmes d’identité. Une « nouvelle alliance » qui rapprochera les deux rives de la mare nostrum. Voilà le seul antidote, contrairement à ce que veulent nous laisser croire les grands « libérateurs » de la planète, à tous les terrorismes. Émilie SUEUR
Cette année sera décidément celle de la mémoire, celle où les peuples osent enfin affronter leur passé. Il y a quelques mois, on célébrait le 40e anniversaire du traité de l’Élysée scellant la réconciliation entre l’Allemagne et la France. Aujourd’hui, c’est au tour de Paris et d’Alger d’affronter enfin leur histoire commune. Longtemps, les deux pays ont refoulé le souvenir de la guerre d’indépendance. Les milliers de soldats morts au front ; la pratique de la torture sur laquelle le voile commence petit à petit à être levé ; le massacre des harkis ; le déracinement des pieds-noirs, les déplacements de population en Algérie. Un passé lourd, très lourd qui pèse depuis 40 ans sur les relations franco-algériennes. Un passé que l’on a voulu enterrer, refouler, mais qui régulièrement venait frapper...