Brusquement, le soleil. Est-ce un hasard ? Nous voilà en mars, sans avoir vu venir. Mars, dans le calendrier républicain, à cheval entre ventôse et germinal: vents et semences, et qui sème le vent... Souvenir d’une époque où, à la belle saison, les armées romaines entraient en campagne, fourbissaient et lustraient leurs armes, s’adonnaient aux exercices guerriers sur le champ de Mars et menaient en même temps une intense activité agraire. Drôle d’humanité, tout de même, qui détruit d’une main et plante de l’autre, accourt à la mort qu’elle subit autant qu’elle provoque, et des campagnes les plus lointaines espère encore être rentrée pour les moissons. Mars. Bruits de bottes, disaient les initiés. Allusion à la piétaille qui avance, aux fantassins en formations imbéciles, petites pointures au pas de l’oie qui ne marchent qu’en avant. Mais si nombreuses que la terre en tremble, si déterminées que l’humanité en frémit. Dès qu’on les entendait, ces bruits de bottes, on savait qu’il était trop tard. « Trop tard » a déclaré l’Amérique, pas plus tard qu’avant-hier. Trop tard pour les bonnes intentions. Trop tard parce que nous sommes en mars et que les bruits que nous entendrons désormais, ce n’est pas la terre qui nous en fera la confidence, mais le ciel qu’ils viendront déchirer. Hollywood a sorti ses péplums de la naphtaline et sa fascination pour l’Antiquité gréco-romaine, à laquelle il ne doit rien, s’éclaire brutalement d’un jour nouveau : l’empire attaque. Il ne fera pas de quartiers. Il jouera en grand la part d’Histoire qui lui manque avec les moyens d’un temps qui n’a pas encore été vécu. Et puis... Il plantera ses drapeaux flétris de poussières lunaires, ses étoiles ternies de vaines conquêtes, imposera son ordre et sa raison, découpera à l’emporte-pièce des frontières que la géographie, les climats et des millénaires d’échanges humains avaient transformées en nature. Le reste du temps, il fera ce que faisaient les Shaddocks... Reviendront-ils pour les moissons, les justiciers de l’espace ? Contrairement à leurs OGM à usage unique, leur maïs qui ne germe qu’une seule fois, le sperme qu’ils ont mis à congeler le temps de leur campagne fera-t-il sans eux leurs petits ? Drôle d’aventure tout de même, dont personne ne sait dans quel état elle laissera le monde, dont personne ne sait comment il en reviendra, à commencer par ceux-là même qui en ont pris l’initiative. Mais ce combat œdipien entre la nouvelle Babylone au puritanisme qui prend l’eau, et la Babylone-mère qui meurt doucement dans une austérité imposée, sans doute est-il nécessaire à l’Amérique pour trouver sa place dans les écritures, ses indulgences dans la Jérusalem céleste, ces quelques lignes dans l’histoire des origines qui lui font cruellement défaut. Fifi ABOUDIB
Brusquement, le soleil. Est-ce un hasard ? Nous voilà en mars, sans avoir vu venir. Mars, dans le calendrier républicain, à cheval entre ventôse et germinal: vents et semences, et qui sème le vent... Souvenir d’une époque où, à la belle saison, les armées romaines entraient en campagne, fourbissaient et lustraient leurs armes, s’adonnaient aux exercices guerriers sur le champ de Mars et menaient en même temps une intense activité agraire. Drôle d’humanité, tout de même, qui détruit d’une main et plante de l’autre, accourt à la mort qu’elle subit autant qu’elle provoque, et des campagnes les plus lointaines espère encore être rentrée pour les moissons. Mars. Bruits de bottes, disaient les initiés. Allusion à la piétaille qui avance, aux fantassins en formations imbéciles, petites pointures au pas de...
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