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Charm el-Cheikh - Escarmouches nocturnes entre radicaux et modérés sur l’Irak Le sommet arabe s’ouvre aujourd’hui dans la désunion(photos)

01/03/2003
CHARM EL-CHEIKH, de notre envoyé spécial Abdo CHAKHTOURA Nuit agitée hier à Charm el-Cheikh à quelques heures de l’ouverture du sommet arabe « ordinaire » consacré à une crise hautement extraordinaire de laquelle va probablement dépendre le sort de l’Irak et de toute la région. En effet, la bataille fratricide sans merci que se livrent depuis mercredi les ministres des Affaires étrangères des 22 pays de la Ligue arabe s’est carrément durcie, hier, sortant des couloirs et des suites feutrées des palaces de luxe pour s’afficher devant les micros et les caméras des centaines de journalistes venus du monde entier constater, une fois de plus, la division des rangs arabes, cette fois-ci sur l’Irak. Les clivages se sont accentués au sein « du comité des huit » ministres des AE, chargés par leurs pairs de trouver une solution de compromis à la crise irakienne. Toutefois, ce ne sont plus des aspérités qu’il faut gommer, mais une véritable et profonde faille entre « radicaux » et « modérés » qu’il apparaît difficile de combler. Au point que certains diplomates prédisaient tard en soirée que les sherpas des différents protagonistes n’allaient pas pouvoir trouver une formulation acceptable avant l’ouverture du sommet, laissant ainsi aux chefs d’État et de gouvernement un problème entier à résoudre par eux-mêmes. Le camp des durs – représenté par l’Irak, la Syrie, le Liban, l’Algérie, le Yémen et la Libye – estime que les pays arabes qui abritent des bases militaires américaines doivent s’abstenir de toute aide aux forces américaines en cas de frappe. Cette position est diamétralement opposée à celle de beaucoup de pays du Golfe, conduits par le Koweït, qui accueille à lui seul 111 000 soldats américains sur un total de 225 000 massés dans la région. Pour leur part, l’Égypte et l’Arabie saoudite, dont le chef de la diplomatie Saoud el-Fayçal a démenti que son pays ait autorisé l’aviation américaine à utiliser l’une de ses bases pour attaquer l’Irak, vont proposer une « solution de compromis ». Les discussions achoppent en particulier sur la création d’un comité ministériel arabe qui se rendrait en visite à Bagdad et aux Nations unies pour favoriser une solution pacifique. Ce projet, annoncé par le secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, n’a pas l’aval de l’Irak, qui ne veut pas de la visite d’une délégation arabe qui prendrait à son compte tout ou partie des exigences américaines sur le désarmement de l’Irak. Autre point de friction, le mot étant léger pour définir des joutes verbales frisant parfois l’injure, les rumeurs qui filtrent sur des discussions concernant un départ volontaire du président irakien Saddam Hussein. À ce sujet, des indiscrétions « distillées » de temps à autre indiquent que le Koweït, l’Égypte et l’Arabie saoudite sont parmi les pays qui estiment qu’un départ volontaire du président irakien arrangerait tout le monde, évitant à la région une guerre qui pourrait conduire à la division de l’Irak. Ces informations sont parfois plus précises et révèlent que l’Arabie saoudite avait tenté de concert avec la Russie, dans la plus grande discrétion mais en vain, de convaincre le président irakien de quitter le pouvoir en échange de garanties pour sa sécurité et celle de ses proches. Toujours de même source, la Syrie, le Liban, la Tunisie et la Libye, notamment, craignent qu’un départ de Saddam Hussein ne constitue un précédent dans la région, que l’Administration américaine utiliserait à l’avenir pour demander à d’autres dirigeants arabes de démissionner. C’est la fameuse « théorie des dominos » que le ministre irakien des Affaires étrangères Naji Sabri a reprise à son compte, hier, estimant que « tous les pays arabes sont visés dans le cadre de ce nouveau plan américain ». Cependant, ces assertions sont loin d’émouvoir les alliés traditionnels des États-Unis comme l’Égypte, l’Arabie saoudite, la Jordanie et le Koweït bien sûr, qui font tout pour empêcher que ce sommet ne devienne une tribune anti-US. En attendant, toutes les hypothèses sont ouvertes, y compris celle, retenue dans l’anonymat évidemment, par les proches de la délégation égyptienne, prédisant « pour le moins une résolution finale qui ne ferait pas l’unanimité ». Autrement dit, un constat d’échec déjà annoncé. Une guerre psychologique « vile et basse », dénoncée par Sabri Coup de théâtre en fin d’après-midi à l’hôtel Sheraton qui abrite les discussions du comité des huit ministres arabes des AE, chargés par leurs homologues de trouver une formule de compromis à inclure dans la résolution finale qui doit être adoptée parle sommet sur le dossier irakien. Vers 18 heures, alors que ses compagnons venaient de reprendre les discussions interrompues par le déjeuner, le ministre irakien est sorti de l’hôtel apparemment énervé, lui qui tient toujours à garder un air placide et détaché, même quand il lance les formules les plus assassines. Harponné dans le lobby par notre envoyé spécial, le ministre s’est tout d’abord refusé à toute déclaration. Mais, réagissant à une question, lancée à haute voix, sur les « fuites » organisées par certaines délégations concernant des discussions sur la nécessité d’un départ en exil de Saddam Hussein, il a répondu, avec une moue méprisante qu’il s’agit là « d’une guerre psychologique vile et pleine de bassesses », mais qu’il suffit de « prendre le pouls des masses arabes pour se rendre compte de la véritable réalité de la région ». Chaath à « L’Orient-Le Jour » : Dites aux Palestiniens du Liban de ne pas désespérer «Ne désespérez pas, car vous allez bientôt retourner en Palestine ». Tel est l’appel lancé aux Palestiniens du Liban dans les colonnes de L’Orient-le Jour, par Nabil Chaath, le ministre palestinien chargé de la Coordination internationale. Quant on lui fait remarquer que des membres éminents de la direction palestinienne ont déjà publiquement proposés de renoncer, en contrepartie de concessions israéliennes, au « droit du retour », qui concerne principalement des milliers de réfugiés installés depuis 1948 au Liban et dans d’autres pays arabes, M. Chaath rétorque sans broncher que « la solution est pour bientôt malgré les tentatives d’Ariel Sharon de vider la feuille de route de son contenu ». C’est précisément d’ailleurs de la « feuille de route » que les Palestiniens sont venus discuter à Charm el-Cheikh dans un contexte qui, à plus d’un titre, leur est particulièrement défavorable. « Sauf régence américaine sur la région après la défaite de Saddam », glisse, d’un trait ironique, un collègue jordanien. « Topless » sous le soleil cuisant du Sinaï Ce sont les Israéliens qui ont été à l’origine de la réputation de Charm el-Cheikh. Avant l’occupation du désert du Sinaï par l’État hébreu après la guerre de 1967, ce coin aride qui s’étend sur la mer Rouge était habité par des Bédouins. Des pionniers israéliens avaient même planté des roseraies et vendaient des fleurs à l’exportation, puis les centres balnéaires s’étaient multipliés attirant les touristes du monde entier. Avant de restituer la péninsule aux Égyptiens, en 1982 après les accords de Camp David, Israël a tout détruit, y compris des établissements hôteliers connus dans le monde entier. Des promoteurs égyptiens puis internationaux ont reconstruit la station, qui s’étend désormais sur des kilomètres du fait d’un nouveau développement touristique entretenu à coup de campagnes publicitaires par l’Égypte. Charm el-Cheikh s’est vu attribuer en 2002, avec quatre autres villes, le titre de « Ville pour la paix » par l’Unesco. L’endroit est, en effet, devenu un petit paradis touristique où, fait inattendu dans un pays conservateur arabe, il est courant de voir les baigneuses occidentales se dorer « topless » sous le soleil cuisant du Sinaï. Bagdad pourrait s’entourer d’une « ceinture chimique » Le président irakien Saddam Hussein envisage d’entourer Bagdad d’une « ceinture » d’armes chimiques, qui pourraient être activées en cas de guerre, a déclaré hier un exilé irakien proche de l’opposition à la chaîne de télévision américaine CNN. « Des informations de groupes de la résistance à l’intérieur révèlent que Saddam envisage d’installer une ceinture chimique autour de Bagdad, prenant au piège quelque quatre millions d’habitants dans la ville pour les utiliser comme boucliers humains », a déclaré Hussein al-Chahristani, présenté par CNN comme un ancien chercheur irakien en nucléaire qui a quitté le pays après avoir passé douze ans en prison, entre 1979 et 1991. Selon M. al-Chahristani, les armes chimiques seraient superficiellement enterrées, espacées d’une centaine de mètres, et reliées à des détonateurs dans les centres de commandement de Saddam Hussein. Cet exilé est convaincu que le président irakien souhaite installer un tel dispositif, qui se heurte toutefois à l’opposition de « beaucoup de ses soldats », a précisé CNN. La 101e division aéroportée opérationnelle dans le Golfe d’ici à une semaine La majeure partie de la 101e division aéroportée américaine, dont la mobilisation a été annoncée récemment, sera opérationnelle dans le Golfe d’ici à une semaine, a déclaré l’un de ses porte-parole, John Minton, à Fort Campbell, dans l’État du Kentucky. La division compte 20 000 hommes. La 101e division est spécialisée dans les assauts aéroportés en profondeur dans le territoire ennemi et disposent pour cela d’hélicoptères de transport et d’attaque du type AH-64 Apache. L’armée américaine compte aujourd’hui autour de l’Irak, sur mer et sur terre, en Afghanistan et dans des pays alentour, quelque 225 000 hommes, dotés de chars, d’avions, d’hélicoptères et de navires. Arrivée de batteries antimissiles Patriot dans le Sud-Est turc Des batteries antimissiles Patriot, envoyées préventivement par les Pays-Bas pour le cas d’une guerre en Irak, sont arrivées hier à Diyarbakir et Batman, dans le Sud-Est de la Turquie où elles devaient être déployées, a-t-on indiqué de source officielle. Deux batteries doivent être déployées sur une base aérienne à Diyarbakir, plus importante ville du Sud-Est anatolien, et une autre à Batman, située à environ 100 km plus à l’est, non loin de la frontière irakienne, a-t-on précisé de même source. Pour servir les batteries, près de 300 soldats néerlandais sont également arrivés dans ces deux villes. L’Alliance atlantique avait décidé le 19 février, à la suite d’une crise de plusieurs jours résultant d’une opposition de la Belgique, de l’Allemagne et de la France, de mesures de protection pour la Turquie, seul membre de l’Otan à avoir une frontière commune avec l’Irak. Une intervention sans l’aval de l’Onu serait « néfaste », affirme Berlusconi Une intervention militaire contre l’Irak sans l’aval de l’Onu serait « néfaste », a affirmé hier le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi au cours d’une conférence de presse à Rome. Le gouvernement italien soutient la demande des États-Unis d’une résolution autorisant une intervention militaire pour désarmer l’Irak si le régime de Saddam Hussein refuse de détruire ses armements non autorisés. Mais l’Italie, qui assurera en juillet la présidence semestrielle de l’Union européenne, ne siège pas au Conseil de sécurité de l’Onu.

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