Rechercher
Rechercher

Actualités

Impression Flotte !

La misère est-elle moins pénible au soleil, et faut-il croire les chansons ? Février, mois fou qui alterne les tempêtes et les éclaircies, l’obscurité et la lumière, le froid et le chaud, et qui soulève la mer puis l’étale, secoue les arbres et les laisse pantelants, ébauchant des bourgeons mort-nés aux premiers rayons trompeurs. Çà et là, ces rivières que nous appelons fleuves, n’ayant jamais vu plus grand, et qui la plupart du temps semblent des pipis boueux et pathétiques ruisselant à peine parmi la vase et les mousses d’un lit de béton beaucoup trop grand pour eux – pourquoi ? Surtout le fleuve de Beyrouth, qui ressemble depuis si longtemps à un tronçon de route désaffecté. Et voilà que février nous en donne, du pourquoi.Voilà qu’il lui prend de nous faire la haute mer et les grandes eaux, et la météo en cinémascope. Ce n’étaient pourtant pas les Phéniciens qui craignaient que le ciel ne leur tombe sur la tête, et ce n’est pas aux Libanais que « le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle ». Aussi, aux premières trombes, surpris, ils se calfeutrent. État d’urgence, a décrété le président de la République. La montagne coule, s’éboule sur ses deux versants, les sommets entre neige et dégel, selon le souffle encore suspendu des bises annoncées. Mais il neigera, et il y aura de la neige à Pâques. Les vignes, les pieds dans l’eau, donneront des saveurs inconnues aux prochaines vendanges. Mais les maisons bâties sur la glaise et qui dérapent et se fendillent, et dont les chambres se détachent comme des wagons à la dérive tout près de Deir el-Kamar ; et les maisons de pierre moussue, à Tyr, si vieilles et depuis si longtemps battues par les vents marins qui jouent dans leurs arches, maisons bâties comme des bateaux parfois quand le ciel est trop bleu, avec la confiance pour seule architecture ; qui les reconstruira ? Elle passera, la tempête de février 2003. On dira : ici il y avait un arbre, là, un muret, peu de chose. Ou bien qu’il n’y a pas eu de récolte, cette année, parce que trop d’eau, l’or bleu qui nous étouffe, et dont brusquement nous n’avons que faire alors que dans le Sud, on nous le pompe en catimini. Faut pas se plaindre. En octobre, nous aurons quand même le ballet des citernes à cause de l’étiage qui afflige les douches et noue les robinets. En attendant, il flotte. L’eau ruisselle sur les vitres et pour un instant on ne sait plus de quel côté de l’aquarium on se trouve. Le regard se brouille, myopie passagère, handicap léger de l’hiver qui raccourcit les perspectives. Et quand, doucement tournés vers l’intérieur, un grand rayon brutal viendra nous déchirer les brumes, nous aurons ce geste, les yeux plissés : qu’il s’en aille, encore un petit peu. Fifi ABOUDIB
La misère est-elle moins pénible au soleil, et faut-il croire les chansons ? Février, mois fou qui alterne les tempêtes et les éclaircies, l’obscurité et la lumière, le froid et le chaud, et qui soulève la mer puis l’étale, secoue les arbres et les laisse pantelants, ébauchant des bourgeons mort-nés aux premiers rayons trompeurs. Çà et là, ces rivières que nous appelons fleuves, n’ayant jamais vu plus grand, et qui la plupart du temps semblent des pipis boueux et pathétiques ruisselant à peine parmi la vase et les mousses d’un lit de béton beaucoup trop grand pour eux – pourquoi ? Surtout le fleuve de Beyrouth, qui ressemble depuis si longtemps à un tronçon de route désaffecté. Et voilà que février nous en donne, du pourquoi.Voilà qu’il lui prend de nous faire la haute mer et les grandes eaux, et la...