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Cette troisième étape du redéploiement (ou du retrait partiel) syrien aurait pu être aussi bâton de dynamite mouillé et poudre aux yeux que les deux qui l’ont précédée (juin 2001 et avril 2002), ou, encore une fois, durer le temps d’un matin. Sauf qu’aujourd’hui, les bottes américaines font un sacré boucan aux portes de l’Irak. Sauf qu’aujourd’hui, l’ex-colombe Powell mijote sans état d’âme aucun, et au nom d’une Administration US définitivement wolfowitzée, un remodelage de la carte régionale. Et sauf qu’aujourd’hui, la Ligue arabe se déchire, lave son très sale linge en place publique, agonise. Aujourd’hui, la Syrie, visiblement, a décidé de mettre le paquet. Il y a cette comptine qui doit obséder le tout Damas : le renard passe passe, à chacun à son tour. Alors on essaye de réduire les pressions yankees, et même frenchies. C’est le moment de caresser les chrétiens du Liban dans le sens du poil – comme si leurs concitoyens musulmans n’en pensaient pas moins. Il n’empêche. Certaines voix assurent « off the record » qu’il ne faut pas croire que cette étape numéro trois obéit aux impératifs d’un timing bien précis. Disent que si ce redéploiement avait eu lieu hier, ou aurait lieu demain, on en interpréterait tout autant l’occurrence. Rappellent que cela fait un mois et demi que cet événement se prépare, par les bons soins d’un comité issu du Haut Conseil mixte libano-syrien. Que le commandant en chef de l’armée, lorsqu’il était à Damas, en a assuré le côté technique. Et le ministre de la Défense, plus tard, le volet politique. Pour ces voix-là, il faut lire ce redéploiement comme une preuve de l’attachement syrien à l’accord de Taëf. À sa redynamisation – voire à sa résurrection. Que Taëf, grâce au bon vouloir syrien, ne sera pas Oslo. Il n’y a donc plus de raison(s) à mener campagne contre la Syrie, ici comme ailleurs, disent ces voix. Damas peut alors continuer à aider les Libanais à confondre vessies et lanternes : « Nous ne sommes pas une force d’occupation, nous avions été là et nous continuerons à être là pour vous aider. » Ainsi, il y a le Hezbollah à contenir, mais aussi Denniyé, les camps palestiniens et cette noria de fondamentalistes pour qui le Liban, dit-on, est terre de prédilection. L’alibi est plutôt joli, les concessions jamais gratuites. Pour d’autres gens plutôt un peu rêveurs, ce repli partiel signifie que l’armée libanaise est désormais capable d’assurer, comme le sous-entend Taëf, la relève ; signifie aussi que, politiquement, l’heure sera à la détente. L’éventuel grand gagnant non syrien de cette opération ? Le locataire de Baabda. Il était au courant depuis environ un mois, et il a été le seul, avec Khalil Hraoui bien sûr, à avoir les détails, tous les détails, par les commandements militaires conjoints libano-syriens. Rafic Hariri et Nabih Berry n’ont eu droit qu’à Rustom Ghazalé. Damas veut montrer qu’avec le Liban, il veut traiter d’État à État. Encore les vessies et les lanternes. Et puis, surtout, on murmure qu’à la lumière du redéploiement d’hier, le déjeuner à Bkerké serait désormais imminent. Encore faut-il que Baabda sache profiter de tout cela pour capitaliser, pour une fois, cette opportunité et, au moins, relancer le dialogue avec l’opposition, c’est-à-dire Kornet Chehwane. Le problème, c’est qu’au jeu de ces mouvements de troupes, il y a, presque comme d’habitude au Liban, un gros perdant : les Libanais. Le Quai d’Orsay aura beau estimer que ces mouvements-là vont dans le bon sens, à quoi peuvent bien servir tous les redéploiements du monde, tous les replis, les partiels comme les totaux, si la tutelle politique reste tout aussi féroce qu’avant ? Si la syrianisation de cette oasis proche-orientale qu’est le Liban continue, chaque jour de plus en plus et avec la belle complicité du pouvoir local, de se parachever ? Si le Liban continue de se voir refuser toute liberté de décision ? Si le Liban continue de payer les pots cassés de la politique syrienne, au risque, entre autres exemples, de perdre le soutien de son principal et énorme donateur : le Koweït ? Dernière victime en date de cette satellisation, de cette soumission souriante : l’incroyable Mahmoud Hammoud. La liste risque d’être très, très longue. Et le prix bien plus exorbitant qu’un amour-propre bafoué. Ziyad MAKHOUL
Cette troisième étape du redéploiement (ou du retrait partiel) syrien aurait pu être aussi bâton de dynamite mouillé et poudre aux yeux que les deux qui l’ont précédée (juin 2001 et avril 2002), ou, encore une fois, durer le temps d’un matin. Sauf qu’aujourd’hui, les bottes américaines font un sacré boucan aux portes de l’Irak. Sauf qu’aujourd’hui, l’ex-colombe Powell mijote sans état d’âme aucun, et au nom d’une Administration US définitivement wolfowitzée, un remodelage de la carte régionale. Et sauf qu’aujourd’hui, la Ligue arabe se déchire, lave son très sale linge en place publique, agonise. Aujourd’hui, la Syrie, visiblement, a décidé de mettre le paquet. Il y a cette comptine qui doit obséder le tout Damas : le renard passe passe, à chacun à son tour. Alors on essaye de réduire les...