« Let’s dance / Put on your red shoes / And dance the blues ». David Bowie, Let’s Dance, Let’s Dance, 1983. Jeudi, 22h30. LB encore, LB toujours. C’en est devenu une blague dans la confrérie des petits malins : devine où on va ce soir, yark yark yark. Alors nous voilà, dans un carré aéré de l’endroit, en train de nous demander comment ils font, les autres, pour aimer s’entasser dans le coin gauche. Un vrai paquet de nerfs. Ça monte, ça descend, ça boit, mais ça ne danse pas. Il n’y a que nous, évidemment, et quelques agités pour le faire. La trentaine ne danse plus, ça fait mauvais genre. Ça fait adolescent débile. À part qu’ils n’ont pas compris que c’est en tenant leur verre comme une prolongation phallique ou la barre chromée du métro qu’ils ont l’air de pantins ridicules, avec une langue comme ça, à hurler et à postillonner dans l’oreille du voisin qui n’en a que foutre. Dansez, maintenant. Faites-le sans penser, sans vous imaginer en train de le faire. Danser et penser, ou un truc qui y ressemble, c’est ça qui fait mauvais genre. Les gens qui ne dansent pas ne seront jamais complètement dans mon champ de vision. Vendredi, 0h30. La Fête des couples, des spots publicitaires, des promotions à deux balles. Quand certains, certaines dépriment un petit coup parce qu’ils sont seuls, ce soir. Quand d’autres préfèrent être mal accompagné(e)s que seul(e)s. Une formule qui marche à fond la caisse, et pas seulement les 14 février. Dans un sous-sol, une soirée fruitée, mais les clubbeurs ont préféré rentrer dans le Guinness des records en s’encastrant à 112 000 dans un LB au bord de l’asphyxie. Une concierge de mes amies et moi, assez peu adeptes de la claustrophobie tout en sourires, sortons nous poster à l’entrée de l’immeuble, à l’abri de la pluie qui reprend, toujours de plus belle. Dieu a donné des yeux à l’homme pour le matage libanouze. Qui n’a pas essayé ça pendant plus de dix minutes en continu se prive d’une éducation gratuite, d’une vraie « gém’aa ». Sur 180°, tu tournes la tête à droite, à gauche, tu comprends le monde. Et si, par chance, il t’a neigé dessus un peu avant, tu es au paradis des yeux. C’est là que les promos commencent.Attitudes, visages, vêtements, démarches, conversations, solitudes en groupe ou tout seul(e), yeux vides, ventres gras et puis, là, juste devant toi, la perle, que tu ne lâches plus. Elle est merveilleuse, un condensé de toutes tes questions, l’hallucination poudrée que tu attends depuis deux ou trois heures, le précipité de tes mélanges d’une vie. C’est avec ces petits moments que tu t’injectes une monodose. De quoi, mais de ce que tu vois, man. De ce que tu veux. Quand la vie t’échappe des mains comme une savonnette, quand rien n’est sûr, sors. Et mate. Et danse. C’est gratos. Diala GEMAYEL
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