Rechercher
Rechercher

Actualités

Impression Cachez donc ce saint...

Après saint sapin, sainte citrouille et sainte crêpe, voici saint cœur de baudruche, saint baiser de peluche, saint amour de papier. Tous ces saints, autant de dieux de petits riens que l’on coche, sur les calendriers, en se disant tiens, déjà... Saints au rabais, d’occasions petites ou grandes, pour ne pas oublier, sur l’échine du temps qui passe, de s’arrêter un peu. Et Valentin vous arrête, forcément, parce qu’il vous parle de vous, de votre solitude irrémédiable, lâché que vous êtes, détaché une fois pour toutes de l’un qui vous a contenu. Un jour pour dire « je t’aime, quelqu’un », un jour où c’est permis, du moins à découvert. Un jour pour les timides, les incertains, pour prendre leur cœur à deux mains et se jeter dans l’abysse, dans l’infiniment dangereux: le gouffre sans fond des yeux de l’autre. Y gagner sa part perdue, au risque d’y perdre la part qui reste. Comme en toute circonstance, la dérision reste l’ultime recours pour occulter le danger. Gadgets volés aux rayons de l’enfance : il y a toujours un enfant perdu dans l’adulte qui aime. Gros cœurs de plastique rouge gonflés, enflés, tuméfiés à l’hélium, sondes légères, ballons d’essai lancés, juste pour voir, comme on tate de la pointe une eau inconnue. Cœurs dérivés du pétrole des guerres, moulés à la chaîne, cœurs nécessaires pour que le monde civilisé continue à aimer. Et dans le prix, fut-il dérisoire, de la lanterne, éponger cet autre scandale: la gratuité d’aimer. Parce que l’amour marginalise, la collectivité lui offre une rédemption sur la place du marché. Entrez dans le cirque et vous serez pardonné. À qui le cœur, à qui la fleur, à qui la bouche-baiser : chacun ira, sa prothèse sous le bras, faire ce qu’il peut faire. Car Valentin est pervers, et factice la liberté qu’il offre. Valentin, il sait bien ce qu’on lui réclame: un banc public, un sourire, un oui qui vient de loin... Et l’indulgence des autres, et la compassion de la police des mœurs dans un pays où les dérives et les fuites et les grands départs sont amplement dus aux tabous qui entourent le rapport amoureux. Valentin, l’année prochaine ?... Fifi ABOUDIB
Après saint sapin, sainte citrouille et sainte crêpe, voici saint cœur de baudruche, saint baiser de peluche, saint amour de papier. Tous ces saints, autant de dieux de petits riens que l’on coche, sur les calendriers, en se disant tiens, déjà... Saints au rabais, d’occasions petites ou grandes, pour ne pas oublier, sur l’échine du temps qui passe, de s’arrêter un peu. Et Valentin vous arrête, forcément, parce qu’il vous parle de vous, de votre solitude irrémédiable, lâché que vous êtes, détaché une fois pour toutes de l’un qui vous a contenu. Un jour pour dire « je t’aime, quelqu’un », un jour où c’est permis, du moins à découvert. Un jour pour les timides, les incertains, pour prendre leur cœur à deux mains et se jeter dans l’abysse, dans l’infiniment dangereux: le gouffre sans fond des yeux...