Rechercher
Rechercher

Actualités

CARNET DE NUITS

« Seems I can’t deny / Some days just don’t feel right / I think I feel much better / At night ». Shakedown, At Night Pt.2, Sony, 2002. Mercredi, 23h. Je suis invisible à l’œil nu. Ça, c’est l’ambiance de ce soir. Dès que je suis rentrée au LB, de plus en plus plein, même en semaine, j’ai tout de suite repéré les faciès : pas drôles, en fait. Alors opération passe-muraille, pour laisser les taches faire tache. Des ovnis débarqués du fameux trio pubesque qui a perdu son match contre la Jesus Company, 10-0 minimum. Alors petits hauts, grandes chemises difformes, maquillage qui ne veut rien dire, et vas-y que je te débite des insanités au kilo. Pollution sonore mais nous, on rigole bien et on fait comme d’habitude : on boit un peu, on danse beaucoup et on se sourit. La petite confrérie du 36e degré de subtilité. Un briquet allumé et je me dis que l’amour, en fond de nuit, devrait quand même pointer le bout de son nez. Pourquoi ce soir, je ne sais pas. Vendredi, 1h30. Charmante, l’arrivée dans la petite impasse de la rue M. Gris képi, gris prunes, comme s’il en pleuvait. J’aurais préféré croiser des drag-queens. Mais on est vendredi, nom d’un bloody mary, et c’est pas des keufs à deux balles qui vont nous faire rentrer à la maison. Alors on sautille un peu, mais on est bancal. La musique a été baissée, on s’entend, on se voit et ce n’est pas vraiment le but. Avec nos gros sabots, on finit par se lever. Lourde, la soirée, avec un petit vent mauvais qui se lève. Samedi, 23h. L’euphorie. Totale. Ça monte crescendo. Sortir ou mourir. Il va bientôt falloir installer des crochets aux murs pour que les gens s’y suspendent, tellement on s’entasse. La rue résidentielle à litiges nous a fait un sale coup. On prend la tangente vite fait, la paranoïa est à deux pas de prendre le dessus, surtout chez les très imbibés. Deuxième nocturne foireux. Avec tout ce qu’on a ingurgité et qu’on n’a pas pu évacuer en bonne énergie — rythmes, rires, matages du haut du mirador, planquettes dans les toilettes et péchages de filles et de garçons – on est tout bon pour passer un coup de fil au psy, qu’on s’était pourtant juré de ne pas revoir. Des downs, que des downs. Dimanche, 22h15. Et zyva, le 112 en cortège. Ça va mal finir, un de ces soirs. Quelqu’un d’un peu chic au bord de la crise de nerfs va flanquer une baffe à un uniforme et c’est tout le quartier qui va écoper. Mais quand tu as un moustique qui te tourne autour, nananère, je sais que je te saoule, essaie de m’attraper, je peux te garantir que tu ne penses qu’à une chose, le shooter, même si tu fais partie de Greenpeace. Bon, on se calme, il vaut mieux dégainer son sourire parce que c’est dimanche et que demain, on a la paix. Je peux repenser à l’amour. Me concentrer un peu sur quelque chose qui me sorte du glaucome. Le dimanche, c’est la respiration. Les frileux du début de semaine sont devant un sit-com, et la musique se paie le luxe d’un supplément d’âme. Un petit bonbon et j’aurais roulé une pelle au DJ. Mais bon. On ne sort pas ses émotions tout nu, ça fait mauvais genre. Quand on est frais, il vaut mieux garder son masque. Un petit peu d’amour, comme dans les chansons. J’ai pas la force. Lundi, 21h45. La trentaine, très appuyée, s’est posée une question existentielle : LB ou Faraya ? Ya latif. Alors, au moment où on s’y attendait le moins, alors qu’on commençait à peine à se remettre du choc des dernières 48 heures, alors que la nuit reprenait sa belle texture de reine, boum, une tripotée de neuneus en pataugas et en laine polaire rayée a ramené sa fraise. Comme ce sont les pires de tous, les Dark Vadors pas beaux qui ne peuvent pas envisager de se poser ailleurs qu’autour de la table la plus visible de tout l’endroit, ils font lever de pauvres petits clous pour les flanquer dans le coin aveugle, où ils seraient morts étouffés sans le regard des autres et le leur dans leurs regards (ils n’y a qu’eux pour comprendre). Ils dansent avec leur doudoune un rock miteux, un kazatchok ou, éventuellement, un Saturday Night Fever à grimper aux rideaux. Le bad. Pour nous, c’est larmes et sourires de crocodile. Une vodka - Seven Up tassée, par pitié. Mardi, 0h30. Je suis dans mon lit. J’ai chaud, j’ai beaucoup dansé (parce qu’on est encore sortis ce soir). Mais je suis bien. Le doux bruit des sirènes qui réveillent mon doux pays de pacotille. Encore un ou deux rapides coups de fil pour papoter avec la petite bande que j’aime, sans laquelle je ne pourrai décidément plus vivre. Ma geudro, ce sont mes potes. La plus forte, la meilleure. La plus pure. Je m’endors et je me dis que c’est ça, l’amour. Diala GEMAYEL
« Seems I can’t deny / Some days just don’t feel right / I think I feel much better / At night ». Shakedown, At Night Pt.2, Sony, 2002. Mercredi, 23h. Je suis invisible à l’œil nu. Ça, c’est l’ambiance de ce soir. Dès que je suis rentrée au LB, de plus en plus plein, même en semaine, j’ai tout de suite repéré les faciès : pas drôles, en fait. Alors opération passe-muraille, pour laisser les taches faire tache. Des ovnis débarqués du fameux trio pubesque qui a perdu son match contre la Jesus Company, 10-0 minimum. Alors petits hauts, grandes chemises difformes, maquillage qui ne veut rien dire, et vas-y que je te débite des insanités au kilo. Pollution sonore mais nous, on rigole bien et on fait comme d’habitude : on boit un peu, on danse beaucoup et on se sourit. La petite confrérie du 36e degré de...