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Impression Le nom des étoiles

« Celui-là même qui a donné leurs noms aux étoiles connaît un à un le nom des sept âmes que nous pleurons aujourd’hui (...). Nous avons perdu Columbia. Il n’y a pas de survivants (...). L’équipage de Columbia n’est pas revenu sur Terre, mais nous pouvons prier : il est en sécurité. » Par-delà l’émotion légitime contenue dans le discours du président Bush, ce lyrisme biblique si prévisible, si caractéristique du langage institutionnel américain, si attendu à chaque tragédie et qui pourtant ne dément jamais son efficacité auprès de l’auditeur de base. À l’heure où se précise l’inéluctable et que la terre tremble sur ses fondements après avoir cru la menace de guerre sur l’Irak trop énorme pour se concrétiser, à la veille d’une tragédie annoncée dont on connaît déjà tous les protocoles et dont on n’ignore rien des conséquences, sept astronautes, au seizième jour de leur périple, à la seizième minute précédant leur atterrissage se désintègrent dans l’espace, et une fois de plus, l’Amérique montre qu’elle sait pleurer des individus. Eilan Ramon, surtout, le pilote israélien qui se trouvait sur la navette pour le compte de l’agence spatiale de son pays : il y orientait des caméras pour trouver des indices quant à l’incidence des poussières désertiques sur les pluies et les températures. Dans un message électronique, il avait confié son « bonheur d’observer la Terre depuis l’espace ». Lui, qui avait participé à l’invasion du Liban en 1982 et au bombardement de la centrale nucléaire irakienne en 1981, avait même confié à Ariel Sharon le privilège qu’il avait de pouvoir observer « la beauté brute de notre planète bleue ». Il avait même émis le souhait de « nager dans l’espace jusqu’à la fin de ses jours ». Exaucé. Sans mauvais esprit : il est des missions dont on accepte la part de danger, avec la conscience de choisir sa mort. Nous autres terriens, de tout cela nous ne percevons que des mots. Des mots qui disent combien la terre est belle, et précieuse la vie : ceux de Bush, si sensible à la poésie des étoiles et à l’importance des individus aux yeux de Dieu qui les a créés. Bush qui cite Isaïe avec grandiloquence, évoquant le « créateur du ciel et de la terre », si soucieux lui-même de participer au maintien de cette création. Ceux de Ramon, fasciné par la beauté de notre planète vue de l’espace, comme si le seul moyen de la trouver belle était encore de l’observer de très loin. Ceux de Bush encore, qui suggère que la mort elle-même quand elle vous prend un héros n’est qu’une façon comme une autre de le ramener en sécurité auprès de Celui qui connaît son nom. À la veille d’« événements » qui s’annoncent douloureux pour notre partie du monde et sans doute pour la terre dans sa globalité, proposons la lecture des registres d’état civil irakiens, en boucle, sur toutes les chaînes satellites. Que nul n’en ignore, que Dieu s’en rappelle, et que Bush connaisse par leurs noms les hommes, les femmes et les enfants qu’il promet aux étoiles. Fifi ABOUDIB
« Celui-là même qui a donné leurs noms aux étoiles connaît un à un le nom des sept âmes que nous pleurons aujourd’hui (...). Nous avons perdu Columbia. Il n’y a pas de survivants (...). L’équipage de Columbia n’est pas revenu sur Terre, mais nous pouvons prier : il est en sécurité. » Par-delà l’émotion légitime contenue dans le discours du président Bush, ce lyrisme biblique si prévisible, si caractéristique du langage institutionnel américain, si attendu à chaque tragédie et qui pourtant ne dément jamais son efficacité auprès de l’auditeur de base. À l’heure où se précise l’inéluctable et que la terre tremble sur ses fondements après avoir cru la menace de guerre sur l’Irak trop énorme pour se concrétiser, à la veille d’une tragédie annoncée dont on connaît déjà tous les...