Malgré sa photo, accompagnant un article qui lui était consacré en tant que calligraphe, les amies de classe de Nada Maalouf ont eu du mal à en croire leurs yeux. «Toi, calligraphe, lui ont-elles dit, ce n’est pas possible!» Nada Maalouf s’en esclaffe encore aujourd’hui. Et pour cause, à l’école, elle était réputée pour son écriture désastreuse. «Terrible même», dit-elle. Aujourd’hui, retournement spectaculaire de situation : elle manie la plume, de roseau ou de métal, avec une habileté et une maîtrise impeccables. C’est par le plus pur des hasards que cette mère de famille s’est lancée dans l’art de l’écriture stylisée. «En 1990, durant les derniers bombardements, je me suis retrouvée avec mon voisin Joseph Aoun, peintre, calligraphe et graphic designer, dans le même abri. À l’époque, j’enseignais les travaux manuels chez les Dames de Nazareth. Il m’a vu préparer de petites créations destinées à mes élèves et a trouvé que j’avais une certaine fibre artistique. Il m’a alors proposé de m’initier à l’art calligraphique. Sous sa férule, en sept mois j’avais tout appris : les rudiments du dessin, puis les lettres latines, gothiques et arabes, dont la coufique qui est la plus dure.» Nada Maalouf laisse alors tout tomber pour se consacrer à cet art qui consiste à bien former les caractères d’écriture. Et pour accompagner le raffinement esthétique de l’écriture, la dame choisit de faire des tableaux de beaux textes. «Des versets du Coran, des citations de Gibran, des poèmes et des extraits de la belle littérature française... Pour moi, la calligraphie consiste à marier les mots et leur dessin. Le fond doit donc être à la hauteur de la forme.» Elle a ainsi réalisé de belles œuvres à la gouache, aux couleurs vives et à l’écriture coufique très géométrique. «C’est ma préférée, parce qu’elle demande le plus d’intelligence. Il faut calculer l’emplacement de chaque lettre (sur papier à petits carreaux) pour arriver à faire un texte rectangulaire qui soit entièrement fermé aux quatre angles.» Lorsque sa plume forme des arabesques sur le papier, Nada Maalouf entre presque en transe. «Ce n’est qu’une fois l’ensemble du texte écrit que je m’arrête», dit-elle. Comme toutes les personnes qui ont une révélation tardive, la dame est profondément éprise de belle écriture. À tel point qu’elle a inventé un nouveau caractère latin, baptisé « Jad », du nom de son plus jeune fils. Une calligraphie élégante et fine. Qu’elle mixe parfois avec la «Vivaldi» pour obtenir des lettres rondes et déliées. Presque dansantes. Calligraphie sur porcelaine et verre En une dizaine d’années, de calligraphe amateur, Nada Maalouf est passée au niveau professionnel. Outre les tableaux, les cartes de mariages, les cartons d’invitation, de naissance, de baptême qu’elle exécute sur commande, elle est en train d’élaborer une série de cadeaux à base de calligraphie sur divers supports : bois, porcelaine ou verre. Des pièces variées et personnalisées, qui vont du service en porcelaine, peint aux initiales de la maîtresse de maison, à la boîte à bijoux, en passant par la tasse ou le mug portant les prénoms des destinataires, ou encore de petits tableaux autour d’une phrase fétiche. Elle a ainsi orné, de formules de vœux calligraphiées, les boules en verre soufflé, dont elle a décoré le sapin du complexe Moawad à Broumana. Elle a rédigé en français, mais avec des lettres arabes, l’invitation de mariage d’un couple franco-libanais. Et en caractères araméens un faire-part de baptême. Elle a même utilisé les hiéroglyphes pour une affiche d’exposition consacrée à l’art égyptien... Bref, pour cette scribe des temps moderne, la calligraphie reste – nonobstant le rêgne de l’ordinateur – le vecteur d’un langage universel. Zéna ZALZAL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Malgré sa photo, accompagnant un article qui lui était consacré en tant que calligraphe, les amies de classe de Nada Maalouf ont eu du mal à en croire leurs yeux. «Toi, calligraphe, lui ont-elles dit, ce n’est pas possible!» Nada Maalouf s’en esclaffe encore aujourd’hui. Et pour cause, à l’école, elle était réputée pour son écriture désastreuse. «Terrible même», dit-elle. Aujourd’hui, retournement spectaculaire de situation : elle manie la plume, de roseau ou de métal, avec une habileté et une maîtrise impeccables. C’est par le plus pur des hasards que cette mère de famille s’est lancée dans l’art de l’écriture stylisée. «En 1990, durant les derniers bombardements, je me suis retrouvée avec mon voisin Joseph Aoun, peintre, calligraphe et graphic designer, dans le même abri. À l’époque,...